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Greffes d’organes : vers la transplantation de foie de porc chez l’Homme ?

Edité par : Safa Kaouther BOUARISSA | Journaliste
12 novembre 2025

Une étude clinique ouvre la voie à une révolution médicale majeure

Une équipe internationale de chercheurs vient de publier, dans le Journal of Hepatology, les résultats d’une transplantation expérimentale d’un foie de porc génétiquement modifié chez un patient humain. Un essai encore imparfait, mais porteur d’un immense espoir pour la médecine de demain.

Le porc est depuis longtemps un modèle biologique privilégié. Son anatomie, sa physiologie et sa taille d’organe en font un candidat idéal pour la xénogreffe – une greffe entre espèces différentes.

Des transplantations de valves cardiaques, de reins, de poumons et même de cœurs de porc ont déjà été tentées ces dernières années, avec des résultats variables mais encourageants.

La nouvelle étude marque une étape inédite : pour la première fois, un foie de porc génétiquement modifié a pu fonctionner chez un patient vivant pendant plusieurs semaines, assurant les principales fonctions hépatiques.

Le patient, âgé de 71 ans, souffrait d’une cirrhose liée à une hépatite B chronique et d’un carcinome hépatocellulaire, un cancer du foie avancé. Trop fragile pour bénéficier d’une greffe humaine, il a accepté de participer à cet essai expérimental.

Les chercheurs ont utilisé un foie issu d’un porc porteur de dix modifications génétiques destinées à limiter le rejet immunitaire et à améliorer la coagulation sanguine.

Après la transplantation, le greffon a rapidement repris une activité métabolique complète : production de bile, synthèse des facteurs de coagulation et détoxification du sang.

Le foie a été retiré au 38ᵉ jour après l’opération en raison d’une angiopathie thrombotique, une complication vasculaire liée à la formation de caillots sanguins.

Grâce aux traitements intensifs et à une prise en charge multidisciplinaire, le patient a survécu 171 jours, soit près de six mois après la greffe.

Pour les scientifiques, cet essai constitue une preuve de concept majeure : un foie de porc modifié peut remplir temporairement les fonctions vitales d’un organe humain.

« C’est une avancée décisive vers la xénotransplantation de foie, même si d’importants obstacles demeurent », a expliqué le Dr Beicheng Sun, responsable de l’étude.

En Algérie, les transplantations hépatiques sont réalisées en compte-gouttes. La demande reste bien supérieure au nombre de donneurs disponibles.

Des centaines de patients meurent chaque année faute de greffon compatible.

Les xénogreffes de foie pourraient offrir une alternative transitoire : un organe de porc pourrait, par exemple, soutenir un patient atteint d’insuffisance hépatique aiguë en attendant une greffe humaine.

Le foie étant un organe hautement régénératif, cette solution pourrait aussi permettre de maintenir le patient en vie le temps que son propre foie récupère.

Malgré ces résultats prometteurs, les obstacles restent nombreux :

  • Risque immunitaire : même modifié, le foie de porc reste partiellement reconnu comme “étranger” par le système immunitaire humain.
  • Complications vasculaires : les anomalies de coagulation observées doivent être mieux comprises et contrôlées.
  • Transmission virale : certains virus porcins endogènes (PERVs) pourraient, en théorie, se transmettre à l’Homme.
  • Questions éthiques : la manipulation génétique d’animaux pour des greffes humaines soulève encore des débats moraux et religieux.

Les experts en transplantation rappellent que la xénogreffe ne doit pas être perçue comme une solution immédiate, mais comme un complément au don d’organes humains.

Ils insistent sur la nécessité de :

  • renforcer la prévention des maladies du foie (hépatites, alcool, obésité, stéatose métabolique) ;
  • encourager le dépistage précoce des pathologies hépatiques ;
  • et surtout, sensibiliser au don d’organes, encore insuffisant en Europe.

À moyen terme, les chercheurs espèrent que les organes de porc pourront servir de “ponts biologiques”, maintenant les patients en vie jusqu’à la greffe définitive.

Si la transplantation d’un foie de porc chez l’humain n’en est qu’à ses débuts, elle ouvre une nouvelle frontière biomédicale.

L’objectif à long terme est clair est de mettre fin à la pénurie d’organes et offrir une chance à tous les patients condamnés faute de donneur.

Ce n’est pas encore la victoire, mais c’est le premier pas vers une révolution médicale Un jour, peut-être, la vie humaine dépendra d’un organe porcin — et ce jour semble désormais moins lointain qu’hier.

Mots clés : foie ; santé ; greffe ; médicale ; humain ; porc ; transplantation ; régénératif ;

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