Des cerveaux marqués par la crise, même sans infection

Depuis la fin de la pandémie, de nombreuses personnes, y compris celles n’ayant jamais été infectées par le Covid-19, rapportent des troubles cognitifs : difficultés à se concentrer, mémoire défaillante, ralentissement intellectuel. Des chercheurs britanniques ont décidé d’enquêter scientifiquement sur ces plaintes. Leurs résultats, publiés dans Nature Communications, révèlent un constat troublant : nos cerveaux pourraient avoir vieilli plus vite durant la pandémie, simplement à cause du contexte social et psychologique extrême.
Une étude d’imagerie cérébrale sur 1000 participants
Les scientifiques des universités de Nottingham et d’Oxford ont comparé des IRM cérébrales et des tests cognitifs réalisés avant, pendant et après la pandémie, sur près de 1000 volontaires. En analysant ces données avec l’aide d’un algorithme d’intelligence artificielle, ils ont détecté des signes biologiques typiques du vieillissement cérébral, comme une réduction de l’épaisseur du cortex préfrontal et une diminution du volume de certaines régions liées à l’attention, la mémoire et la planification.
Un vieillissement cérébral sans infection directe
Ces altérations ont été observées même chez des participants n’ayant jamais contracté le SARS-CoV-2. Le facteur commun ? L’exposition prolongée au stress, à l’isolement, à l’anxiété et aux bouleversements de mode de vie imposés par les confinements. Le cerveau humain, particulièrement sensible aux conditions psychosociales, aurait été affecté par cette période inédite, un peu comme dans les cas de stress post-traumatique ou de dépression chronique.
Un impact cognitif mesurable
Les chercheurs ont noté une baisse significative des performances cognitives chez les sujets étudiés après la pandémie. Temps de réaction plus lents, mémoire de travail affaiblie, baisse de la flexibilité mentale… Autant de symptômes fréquemment associés au vieillissement naturel du cerveau, mais apparus ici de manière prématurée. En moyenne, ces changements étaient comparables à ceux observés avec 1 à 2 ans de vieillissement.
Une vulnérabilité accrue chez les plus jeunes
Fait étonnant : les effets les plus marqués ont été observés chez les jeunes adultes (entre 25 et 40 ans), plutôt que chez les plus âgés. Cette tranche d’âge, souvent en pleine ascension professionnelle ou en construction personnelle, aurait subi plus fortement l’isolement social et les changements de rythme de vie, provoquant un stress cérébral plus intense.
Quelle réversibilité pour le cerveau ?

Bonne nouvelle cependant : ces modifications cérébrales ne seraient pas irréversibles. Le cerveau reste plastique, c’est-à-dire capable de se réorganiser et de récupérer, notamment chez les personnes jeunes. Un mode de vie sain, une activité physique régulière, des interactions sociales et des exercices cognitifs peuvent favoriser la régénération neuronale et atténuer ces effets.
Vers une nouvelle vigilance en santé mentale
Cette étude apporte une preuve tangible que la santé cérébrale ne dépend pas seulement de la biologie, mais aussi du contexte social et émotionnel. Elle souligne l’importance de prendre en compte l’impact collectif des crises sanitaires sur le cerveau, même en l’absence d’infection virale.
Le cerveau ne vit pas dans une bulle : il réagit aux tempêtes du monde.
Mots clés : Covid-19 ; santé ; mentale ; cerveau ; cognitif ; vieillissement ;
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