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Endométriose : Comprendre une maladie gynécologique chronique.

Edité par : Dr Nadjet TERKMANE | Gynécologue-obstétricienne
13 mars 2025

L’endométriose est une maladie gynécologique chronique où du tissu semblable à la muqueuse utérine se développe en dehors de l’utérus, notamment sur les ovaires, le tube digestif et le pelvis. Ces lésions, sensibles aux hormones ovariennes, prolifèrent sous l’effet des œstrogènes et saignent lors des règles. Cependant, contrairement à l’endomètre utérin, ces saignements n’ont pas d’issue naturelle, entraînant inflammation, formation de kystes et adhérences entre les organes. Cette situation peut provoquer des douleurs pelviennes importantes et altérer significativement la qualité de vie quotidienne. La surproduction de substances inflammatoires, telles que les prostaglandines, cytokines et chémokines, contribue à l’inflammation des tissus concernés.

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L’endomètre est la muqueuse qui tapisse l’intérieur de l’utérus. Il subit des modifications cycliques sous l’influence des hormones féminines, principalement les œstrogènes et la progestérone. Ces variations hormonales orchestrent les différentes phases du cycle menstruel.

Phases du cycle menstruel :

  • Phase proliférative (avant l’ovulation) : Sous l’effet des œstrogènes, l’endomètre s’épaissit progressivement, se préparant à une éventuelle grossesse.
  • Phase sécrétoire (après l’ovulation) : La progestérone prend le relais, densifie la muqueuse et favorise le développement des vaisseaux sanguins pour nourrir un futur embryon.
  • Menstruations : En l’absence de fécondation, le taux d’hormones chute, l’endomètre se désagrège et les règles apparaissent.

Ce cycle se répète chaque mois, préparant l’organisme à une éventuelle grossesse.

L’endométriose est une maladie courante qui touche des millions de femmes dans le monde. Cependant, elle demeure souvent méconnue et sous-diagnostiquée, retardant ainsi la prise en charge et augmentant l’inconfort des patientes.

  • 10% des femmes en âge de procréer (menstruées) sont touchées par l’endométriose.
  • 40% des femmes qui sont concernées par des sensations de douleurs chroniques pelviennes, en particulier au moment des règles, sont atteintes d’endométriose.
  • 40% des femmes atteintes d’endométriose rencontrent des problèmes de fertilité.
  • 180 millions de femmes dans le monde sont touchées par l’endométriose.
  • 7 ans est le délai moyen avant qu’un diagnostic soit posé et qu’une prise en charge adaptée soit mise en place.

L’intensité des douleurs liées à l’endométriose ne reflète pas toujours la gravité de la maladie. Certaines femmes peuvent ressentir des douleurs pelviennes sévères malgré une endométriose limitée, tandis que d’autres, avec une forme plus avancée, peuvent éprouver peu ou pas de douleur. La perception de la douleur est subjective et varie d’une personne à l’autre.

De plus, l’endométriose se manifeste différemment chez chaque femme, rendant le diagnostic complexe. Un suivi médical personnalisé est donc essentiel pour établir un diagnostic précis et proposer une prise en charge adaptée.

L’endométriose est une maladie complexe dont l’origine exacte est encore mal comprise. Aujourd’hui, la recherche met en évidence plusieurs facteurs pouvant favoriser son développement, sans qu’un seul ne soit responsable à lui seul.

Les principaux facteurs de risque identifiés comprennent :

  • Dérèglements hormonaux : Les œstrogènes favorisent l’inflammation et la progression de l’endométriose.
  • Facteurs environnementaux : L’exposition aux perturbateurs endocriniens, tels que certains polluants chimiques, peut augmenter le risque de développer la maladie.
  • Prédisposition génétique : Les femmes ayant des antécédents familiaux d’endométriose, notamment chez les parentes au premier degré, présentent un risque accru.
  • Caractéristiques menstruelles : Un faible poids à la naissance, des anomalies mülleriennes, une ménarche précoce, des cycles menstruels courts, des règles abondantes, un faible indice de masse corporelle et la nulliparité sont des facteurs de risque d’endométriose.
  • Réponse immunitaire : Une réponse immunitaire et inflammatoire inadéquate de l’organisme peut favoriser le développement des lésions endométriosiques.

Il est important de noter que ces facteurs peuvent interagir différemment chez chaque femme, rendant l’endométriose une maladie multifactorielle et complexe.

Les manifestations de l’endométriose varient en fonction de la localisation des lésions et de la sensibilité individuelle à la douleur. Dans 20 % des cas, l’endométriose peut être asymptomatique. Cependant, cette pathologie peut également provoquer divers symptômes, notamment :

  • Dysménorrhées (règles douloureuses)
  • Dyspareunies (douleurs lors des rapports sexuels)
  • Douleurs pelviennes chroniques : persistantes en dehors des menstruations
  • Dysurie (difficulté à uriner) et/ou dyschésie (douleur lors de l’évacuation des selles)
  • Douleurs lombaires et abdominales
  • Saignements prémenstruels, ménorragies (règles abondantes) ou rectorragies (présence de sang dans les selles)
  • Fatigue chronique : sensation constante de fatigue.
  • Troubles de la fertilité : difficultés à concevoir.
  • Troubles digestifs, pouvant indiquer une endométriose digestivedouleurs lors de la défécation (dyschésie), constipation ou diarrhée.

La persistance de ces symptômes et le retard dans le diagnostic peuvent plonger les patientes dans une détresse profonde.

Le diagnostic de l’endométriose est complexe en raison de la diversité des formes que peut prendre la maladie. Il repose sur une combinaison d’entretiens médicaux et d’examens spécialisés, aucun test unique ne permettant de la détecter avec certitude.

Entretien médical :

Le médecin, qu’il soit généraliste ou gynécologue, commence par interroger la patiente sur ses symptômes :

  • Douleurs pendant les règles (dysménorrhée)
  • Douleurs lors des rapports sexuels (dyspareunie)
  • Troubles digestifs ou urinaires
  • Saignements irréguliers
  • Douleurs à la marche

Cet entretien oriente le diagnostic et guide la prescription d’examens complémentaires.

Examens complémentaires :

Plusieurs examens peuvent être réalisés pour confirmer le diagnostic :

  • Échographie pelvienne : Elle permet de visualiser les kystes ovariens et certaines lésions profondes.
  • Imagerie par résonance magnétique (IRM) : Elle offre une vision détaillée des structures pelviennes et identifie les lésions non détectées par l’échographie.
  • Hystérosalpingographie : Cet examen radiologique évalue la cavité utérine et la perméabilité des trompes.
  • Échographie endorectale : Elle est utilisée pour détecter les lésions situées près du rectum.
  • Cœlioscopie (ou laparoscopie) : Cette intervention chirurgicale mini-invasive permet une visualisation directe des lésions et la réalisation de biopsies pour confirmer le diagnostic.

Innovations diagnostiques :

  • Test salivaire : Des recherches récentes ont conduit au développement de tests salivaires analysant l’ARN pour détecter l’endométriose. Bien que prometteurs, ces tests nécessitent des validations supplémentaires avant une utilisation clinique généralisée.

Le diagnostic de l’endométriose nécessite une approche personnalisée, combinant une évaluation clinique approfondie et des examens adaptés à chaque situation.

Bien que l’endométriose ne dispose pas de traitement curatif définitif, certaines approches naturelles peuvent aider à mieux gérer les symptômes et améliorer la qualité de vie.

  • Alimentation équilibrée et hydratation : Adopter une alimentation riche en fibres et suivre le régime méditerranéen peut aider à réduire les niveaux d’œstrogènes et les douleurs associées.
  • Alimentation anti-inflammatoire : privilégier les aliments riches en oméga-3, fruits et légumes, et limiter les produits transformés.
  • Phytothérapie et micronutrition : certaines plantes et nutriments, comme l’achillée millefeuille, le thé vert, le zinc et le sélénium, peuvent apporter un soutien.
  • Compléments nutritionnels : Des suppléments tels que les vitamines D, C et E, ainsi que le curcuma, peuvent offrir un soutien supplémentaire.
  • Activité physique douce : Des exercices à faible impact, comme le yoga et la natation, favorisent la circulation sanguine et réduisent les tensions pelviennes.
  • Gestion du stress : Des techniques de relaxation, telles que la méditation et la thérapie par la parole, aident à mieux gérer la douleur et le stress associés à l’endométriose.
  • Thérapies complémentaires : Des approches comme la thérapie du plancher pelvien peuvent aider à atténuer les symptômes intestinaux et vésicaux.

Il est essentiel de consulter un professionnel de santé avant d’entreprendre ces approches pour assurer une prise en charge adaptée et sécuritaire.

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