
Pendant des décennies, la schizophrénie et le trouble bipolaire ont été considérés comme deux pathologies distinctes. L’une associée à la psychose chronique, l’autre marquée par des variations extrêmes de l’humeur. Cette séparation nette guidait le diagnostic, la recherche et les stratégies thérapeutiques. Pourtant, sur le terrain, les psychiatres observaient déjà des zones de recoupement. Certains patients présentaient des hallucinations, des idées délirantes, des troubles du langage ou une désorganisation de la pensée, caractéristiques que l’on croyait propres à la schizophrénie.
Une découverte qui rapproche deux maladies longtemps opposées
Une vaste étude internationale vient aujourd’hui bousculer cette vision. En analysant trente années d’imagerie cérébrale, des chercheurs ont identifié des anomalies communes dans le cerveau de personnes atteintes de ces deux troubles. Une avancée qui pourrait modifier en profondeur la manière de comprendre et de traiter la psychose.
Une collaboration scientifique d’envergure
Cette recherche s’inscrit dans un effort international visant à dépasser les classifications psychiatriques traditionnelles.
« Cette étude est née d’une collaboration visant à mieux comprendre les troubles mentaux au-delà des étiquettes diagnostiques classiques », explique le Dr Luigi Francesco Saccaro, du département de psychiatrie des Hôpitaux universitaires de Genève, situés à Genève.
L’objectif était clair : identifier les mécanismes biologiques partagés par ces deux maladies afin de mieux comprendre leur origine et d’ouvrir la voie à de nouvelles approches thérapeutiques.
Des maladies différentes… mais liées biologiquement
Dans les classifications actuelles, la schizophrénie se caractérise par une altération durable de la pensée, des émotions et de la perception de la réalité. Hallucinations, délires et discours désorganisé en sont les manifestations principales.
Le trouble bipolaire, lui, se manifeste par l’alternance d’épisodes maniaques ou hypomaniaques et de phases dépressives. Mais dans certains cas, des épisodes psychotiques peuvent également apparaître, brouillant les frontières entre les deux pathologies.
Au fil des années, les chercheurs ont déjà identifié plusieurs éléments communs :
- déficits cognitifs
- difficultés sociales
- altérations émotionnelles
- facteurs génétiques partagés
Ces observations ont progressivement fait émerger une hypothèse : ces troubles pourraient appartenir à un même continuum, appelé « spectre de la psychose », plutôt que d’être des maladies totalement distinctes.
La substance blanche au cœur de la découverte
La nouvelle étude s’est concentrée sur la substance blanche, un réseau de fibres nerveuses qui relie les différentes régions du cerveau. Ces connexions assurent la circulation rapide des informations entre les zones impliquées dans la pensée, les émotions et le comportement.
Les chercheurs comparent ces faisceaux à de véritables autoroutes cérébrales. Lorsqu’elles fonctionnent correctement, les échanges sont fluides. Lorsqu’elles sont altérées, la communication devient moins efficace, ce qui peut perturber les processus mentaux.
En combinant les données de 96 études d’IRM cérébrales portant sur des milliers de patients et de personnes en bonne santé, l’équipe a identifié un point commun majeur : une altération similaire de la substance blanche chez les personnes atteintes de schizophrénie et de trouble bipolaire.
Le rôle clé du corps calleux
L’anomalie la plus marquante concerne le corps calleux, une structure essentielle qui relie les deux hémisphères du cerveau.
Cette zone permet la coordination des informations entre les différentes fonctions cérébrales. Une perturbation de cette connectivité pourrait expliquer certains symptômes partagés :
- désorganisation de la pensée
- difficultés de concentration
- troubles de la perception
- altérations du raisonnement
Le fait que cette modification apparaisse dans l’ensemble du spectre de la psychose renforce l’idée d’un mécanisme biologique commun, indépendamment du diagnostic posé.
Vers une nouvelle vision des troubles psychiatriques

Ces résultats ne signifient pas que la schizophrénie et le trouble bipolaire sont identiques. Les différences cliniques restent bien réelles, notamment dans l’évolution, la fréquence des épisodes et la nature des symptômes.
Mais cette convergence biologique suggère que certaines formes de psychose pourraient partager une base neurologique commune.
Cela change profondément la perspective médicale : plutôt que de traiter chaque trouble séparément, les chercheurs envisagent désormais des traitements ciblant les mécanismes cérébraux sous-jacents.
Quelles implications pour les traitements ?
Cette découverte ouvre des pistes prometteuses.
Si les anomalies de connectivité cérébrale jouent un rôle central, les futures thérapies pourraient viser à :
- améliorer la communication entre les régions du cerveau
- stabiliser les circuits neuronaux impliqués dans la pensée et les émotions
- intervenir plus tôt chez les personnes à risque
À long terme, ces approches pourraient aider à réduire l’intensité des symptômes, améliorer le fonctionnement cognitif et, potentiellement, prévenir l’apparition de la maladie chez les personnes vulnérables.
Recommandations médicales et importance du suivi précoce
Même si la recherche progresse, la prise en charge actuelle reste essentielle. Un diagnostic et un suivi précoces permettent souvent d’améliorer le pronostic.
Signes qui doivent alerter :
- hallucinations ou idées inhabituelles
troubles de l’humeur intenses et prolongés
- isolement social marqué
- difficultés de concentration ou de mémoire
- discours désorganisé
Mesures recommandées :
- consulter rapidement en cas de symptômes persistants
- assurer un suivi psychiatrique régulier
- respecter les traitements prescrits
- éviter l’alcool et les substances psychoactives
- maintenir une routine de sommeil stable
- privilégier une activité physique régulière
Le soutien familial et social joue également un rôle déterminant dans la stabilisation des patients.
Une avancée vers une psychiatrie plus personnalisée
En révélant une signature cérébrale commune, cette étude marque un tournant. Elle suggère que les troubles psychotiques pourraient être mieux compris à travers leurs mécanismes biologiques que par leurs seules manifestations cliniques.
À terme, cette approche pourrait permettre une médecine plus précise, adaptée au profil neurologique de chaque patient, avec des traitements ciblant directement les circuits cérébraux impliqués.
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