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Santé mondiale en danger : quand le retrait américain coûte des vies

Edité par : Dre Souad BRAHIMI | Docteure en médecine
24 janvier 2026

La décision de l’administration de Donald Trump de geler plus de 80 % des programmes d’aide internationale des États-Unis marque un tournant brutal dans la lutte mondiale contre les grandes maladies infectieuses. VIH, tuberculose, paludisme, mais aussi santé maternelle, accès à l’eau potable et infrastructures sanitaires : tous ces domaines sont aujourd’hui directement touchés. Les experts parlent déjà de centaines de milliers de morts évitables, et redoutent un bilan bien plus lourd dans les années à venir.

Annoncée en janvier 2025, quelques jours après l’investiture de Donald Trump, la baisse massive des financements a ciblé en priorité l’USAID, l’agence américaine de développement international. Inspirée par les orientations du « Département de l’efficacité gouvernementale », alors piloté par Elon Musk, la réforme a conduit au gel de 83 % des programmes de l’agence.

Avant ces coupes, les États-Unis assuraient plus de 40 % de l’aide internationale mondiale. Aucun autre pays n’occupait une place aussi centrale. Si d’autres États développés – Allemagne, France, Royaume-Uni – ont également réduit leurs budgets d’aide, l’ampleur des coupes américaines est sans équivalent.

Sur le terrain, les conséquences sont immédiates.  L’an dernier, on arrivait encore à tenir avec ce qui restait. Aujourd’hui, il ne reste plus rien, témoignent plusieurs responsables d’ONG très active en Afrique.

Les programmes de prévention, de dépistage et de traitement ont été stoppés ou drastiquement réduits dans de nombreux pays à revenus faibles ou intermédiaires. Les populations les plus vulnérables sont les premières touchées.

Selon Impact Counter, un outil développé par des chercheurs de l’université de Boston pour évaluer en temps réel les effets des politiques publiques, les coupes à l’USAID auraient déjà entraîné plus de 750 000 décès, dont environ 500 000 enfants.

  • Paludisme : plus de 70 000 décès supplémentaires ;
  • Tuberculose : environ 48 000 morts ;
  • VIH : près de 170 000 décès, faisant de cette maladie la plus durement touchée.

Ces chiffres font écho à l’alerte lancée dès novembre par ONUSIDA, qui prévenait que les réductions de financements américains risquaient d’« effacer des décennies de progrès » dans la lutte contre le VIH.

Une enquête publiée par Coalition Plus, qui regroupe les principales associations françaises de lutte contre le VIH, révèle l’ampleur des dégâts. Réalisée auprès de 79 ONG dans une cinquantaine de pays, elle montre que :

  • 80 % des ONG interrogées ont réduit de moitié la distribution de la PrEP, traitement préventif clé contre le VIH ;
  • l’accès aux traitements antirétroviraux pour les personnes déjà infectées a fortement diminué, compromettant la stabilité de leur état de santé.

L’administration Trump souligne maintenir certains financements jugés « stratégiques », notamment pour l’accès au lénacapavir, un antirétroviral de nouvelle génération. Mais pour les acteurs de terrain, ces exceptions ne compensent en rien l’effondrement global des ressources.

Les impacts vont bien au-delà des seuls médicaments. Les financements de l’USAID, c’était comme un iceberg. La partie visible concernait les programmes de santé. Mais une large part soutenait aussi des infrastructures essentielles : eau potable, assainissement, logistique, formation des personnels, information sanitaire.

La chercheuse Caterina Monti, de l’Institut de santé mondiale de Barcelone (ISGlobal), rappelle que la santé publique repose sur un système interdépendant. « Si vous retirez une pièce, plus rien ne fonctionne », résume-t-elle.

ISGlobal estime que plus de 22 millions de décès évitables pourraient survenir d’ici 2030 en raison des coupes cumulées des pays développés, si la tendance actuelle se poursuit.

Les experts en santé mondiale appellent à plusieurs actions urgentes :

  • Rétablir des financements stables et pluriannuels pour les programmes de lutte contre le VIH, la tuberculose et le paludisme ;
  • Prioriser les programmes de prévention, souvent les premiers sacrifiés mais essentiels à long terme ;
  • Renforcer les systèmes de santé locaux (eau, hygiène, infrastructures, formation) ;
  • Mieux coordonner les efforts internationaux pour éviter les ruptures brutales de soins ;
  • Garantir la continuité des traitements pour les patients chroniques, afin d’éviter résistances, rechutes et surmortalité.

Pour de nombreux spécialistes, cette crise dépasse le cadre budgétaire. Elle remet en cause un modèle de solidarité internationale qui avait permis, ces vingt dernières années, des avancées majeures contre les grandes pandémies.

« Ce qui est en jeu, ce ne sont pas seulement des lignes budgétaires, mais des vies humaines et la stabilité sanitaire mondiale », résument plusieurs ONG. Les prochaines années diront si ce recul historique sera corrigé, ou s’il laissera une empreinte durable sur la santé de millions de personnes à travers le monde.

Mots clés : USA ; subvention ; décès ; santé ; maladie ; VIH ONUSIDA 

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