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Pourquoi les femmes sont plus touchées par la démence, selon une découverte américaine 

Edité par : Dr Salim BENLEFKI | Docteur en neurosciences
24 octobre 2025

Un gène du chromosome X à l’origine d’une inflammation cérébrale féminine

Les femmes sont presque deux fois plus nombreuses que les hommes à souffrir de démence, notamment de la maladie d’Alzheimer. Cette différence, longtemps attribuée à la longévité féminine, cache en réalité un mécanisme biologique bien plus précis. Des chercheurs américains de UCLA Health viennent de lever une part du mystère : ils ont identifié un gène du chromosome X, baptisé Kdm6a, qui favorise une inflammation du cerveau spécifiquement chez les femmes.  Leurs résultats, publiés dans Science Translational Medicine, ouvrent de nouvelles perspectives dans la compréhension et la prévention des maladies neurodégénératives.

Chaque cellule du corps humain contient une paire de chromosomes sexuels : XY chez les hommes, XX chez les femmes. Or, contrairement à ce que l’on pensait, les deux copies du chromosome X ne sont pas totalement inactives chez la femme. Certaines régions échappent à la régulation, provoquant une suractivation de certains gènes. 

C’est le cas du gène Kdm6a, dont l’expression est deux fois plus forte dans le cerveau féminin. 

Ce gène agit directement sur la microglie, les cellules immunitaires du cerveau, en favorisant la production de molécules inflammatoires. Cette inflammation chronique, lorsqu’elle n’est plus contrôlée, endommage progressivement les neurones et accélère le vieillissement cérébral.

 « Les femmes, avec leurs deux chromosomes X, subissent une double dose d’inflammation, un facteur majeur du vieillissement, de la maladie d’Alzheimer et de la sclérose en plaques », expliquent les chercheurs.

Pour vérifier le rôle précis de ce gène, les chercheurs ont mené une série d’expériences sur des souris femelles. 

En désactivant le gène Kdm6a dans les cellules microgliales, ils ont observé une réduction spectaculaire de l’inflammation cérébrale, ainsi qu’une amélioration des symptômes similaires à ceux de la sclérose en plaques. 

Autrement dit, bloquer ce gène pourrait inverser ou ralentir la progression de certaines maladies neurodégénératives. 

Ces découvertes confirment que la biologie du sexe — longtemps négligée dans la recherche — joue un rôle déterminant dans la santé cérébrale.

 « On sait depuis longtemps que le cerveau féminin et masculin diffèrent sur plusieurs plans. Mais comprendre comment ces différences génétiques influencent l’immunité cérébrale, c’est une étape cruciale », souligne le Dr Rhonda Voskuhl, directrice du programme sur la sclérose en plaques à UCLA Health.

Des millions de personnes de vivent avec une démence, dont près des deux tiers sont des femmes.  La sclérose en plaques touche aussi trois femmes pour un homme. 

Aux États-Unis, les statistiques confirment la même tendance : les maladies neurodégénératives frappent davantage et plus précocement les femmes.

Ces disparités ne s’expliquent pas uniquement par l’âge ou les hormones, mais aussi par une différence dans la réponse immunitaire du cerveau.

Le gène Kdm6a devient une nouvelle cible thérapeutique potentielle.  À terme, des médicaments pourraient être développés pour moduler son activité, réduire l’inflammation microgliale et prévenir le déclin cognitif lié à l’âge. 

Cette approche ouvre la voie à une médecine de précision fondée sur le sexe biologique, capable d’adapter les traitements aux spécificités féminines et masculines du cerveau.

« Il ne s’agit pas seulement de comprendre pourquoi les femmes sont plus touchées, mais de concevoir des traitements mieux adaptés à leur biologie », conclut le Dr Voskuhl.

En attendant des traitements ciblés, plusieurs mesures contribuent à protéger le cerveau :

  • Alimentation équilibrée : riche en oméga-3, légumes verts, fruits rouges et vitamine D.
  • Activité physique régulière : au moins 30 minutes par jour pour stimuler la circulation cérébrale.
  • Sommeil suffisant : la réparation neuronale s’effectue principalement la nuit.
  • Stimulation intellectuelle : lecture, apprentissage, interactions sociales.
  • Suivi médical régulier : surveiller tension, diabète, cholestérol, et vision.

La découverte du rôle du gène Kdm6a révèle que la vulnérabilité cérébrale féminine a une origine biologique, inscrite dans le chromosome X.  Une avancée scientifique majeure qui pourrait, à terme, permettre de réduire l’écart entre hommes et femmes face à la démence — et de mieux protéger le cerveau tout au long de la vie.

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