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Nicorandil : un traitement cardiaque controversé sous surveillance pour ses effets graves

Edité par : Dre Souad BRAHIMI | Docteure en médecine
23 mars 2026

Utilisé depuis plusieurs années dans la prise en charge de l’angine de poitrine, le nicorandil, commercialisé notamment sous le nom IKOREL, fait aujourd’hui l’objet d’une alerte majeure dans la communauté médicale.

Un médicament efficace… mais de plus en plus contesté

Dans une lettre ouverte publiée le 9 mars 2026 par la revue Prescrire, plusieurs experts appellent à retirer ce médicament des soins en France. En cause : des effets indésirables graves, parfois mortels, documentés depuis plusieurs années.

Le nicorandil est prescrit dans l’angine de poitrine, une pathologie caractérisée par une diminution de l’apport en oxygène au muscle cardiaque.

Son mécanisme d’action repose sur une double activité :

  • vasodilatation des artères coronaires, améliorant la circulation sanguine vers le cœur
  • réduction de la charge cardiaque, limitant les besoins en oxygène

Ce traitement est généralement réservé aux patients :

  • en échec des traitements de première intention
  • ou présentant une intolérance à ces derniers

Il est donc considéré comme une option de dernière ligne thérapeutique.

Malgré son efficacité théorique, les données de pharmacovigilance s’accumulent. Une étude menée en France par plusieurs centres régionaux a recensé 62 cas d’ulcérations graves entre 2017 et 2024.

Ces lésions ne sont pas anodines. Elles peuvent apparaître sur :

  • la peau, notamment des membres inférieurs
  • les muqueuses buccales
  • le tube digestif (intestinal, anal)
  • les zones génitales
  • plus rarement, la cornée

Selon les experts de Prescrire, ces ulcérations sont :

  • chroniques
  • difficiles à cicatriser
  • invalidantes
  • parfois mortelles

Sur le plan scientifique, le nicorandil agit comme un donneur de monoxyde d’azote et un activateur des canaux potassiques. Cette double action entraîne une vasodilatation efficace, mais pourrait également altérer :

  • la microcirculation locale
  • la cicatrisation des tissus
  • l’intégrité des muqueuses

Ces effets expliqueraient la formation d’ulcères profonds, parfois résistants aux traitements classiques tant que le médicament n’est pas arrêté.

Lorsque le traitement est poursuivi malgré les symptômes, les conséquences peuvent être sévères :

  • douleurs chroniques importantes
  • troubles de l’alimentation (en cas d’atteinte buccale ou digestive)
  • perte de poids
  • hémorragies
  • abcès et infections secondaires
  • formation de fistules

Dans certains cas, une hospitalisation ou une intervention chirurgicale devient nécessaire.

Les spécialistes du médicament a déjà émis plusieurs mises en garde concernant le nicorandil.

Cependant, selon la revue Prescrire, ces mesures restent insuffisantes. Les cas graves continuent d’être signalés, ce qui témoigne d’un risque persistant pour les patients.

Les auteurs de la lettre ouverte estiment que le rapport bénéfice/risque est désormais défavorable, qualifiant le médicament de “plus dangereux qu’utile” dans certaines situations.

Face à ces constats, les experts demandent de retirer définitivement le nicorandil des options thérapeutiques en France.

Cette demande relance le débat sur :

  • la gestion des effets indésirables médicamenteux
  • la réévaluation régulière des traitements anciens
  • la priorité donnée à la sécurité des patients

En cas de traitement par nicorandil, plusieurs précautions sont essentielles :

  • ne jamais arrêter le traitement sans avis médical
  • signaler immédiatement toute apparition de plaies ou d’ulcérations
  • consulter en urgence en cas de douleur inhabituelle ou persistante
  • surveiller les signes digestifs ou buccaux anormaux
  • discuter avec son médecin des alternatives thérapeutiques

Les professionnels de santé doivent également :

  • réévaluer régulièrement l’indication du traitement
  • informer clairement les patients des risques
  • privilégier d’autres options lorsque cela est possible

Ce dossier illustre un principe fondamental en médecine : l’efficacité d’un traitement ne peut jamais être dissociée de sa sécurité.

Le cas du nicorandil rappelle l’importance de la pharmacovigilance et de l’adaptation continue des pratiques médicales face aux nouvelles données scientifiques.

Mots-clés : Nicorandil, IKOREL, angine, poitrine, ulcères, effets secondaires, pharmacovigilance, sécurité médicaments, cardiologie, santé publique.

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