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Greffes d’organes en Algérie : un débat national entre éthique, droit et médecine pour sauver des vies

Edité par : Chabane BOUARISSA | Journaliste
13 février 2026

Le Conseil de la Nation a organisé, mardi 10 février 2026, au siège de l’institution, une journée parlementaire dédiée à un thème sensible et stratégique : « La transplantation d’organes humains en Algérie : dimensions religieuses, juridiques et médicales ». Cette rencontre s’est tenue sous la supervision du président du Conseil de la Nation, M. Azzouz Nasri, à l’initiative de la Commission de la santé, des affaires sociales, du travail et de la solidarité nationale.

Un jour parlementaire consacré à un enjeu humain majeur

L’événement a réuni de nombreuses personnalités institutionnelles et scientifiques, parmi lesquelles le président de l’Assemblée populaire nationale, M. Ibrahim Boughali, la présidente de la Cour constitutionnelle, Mme Leïla Aslaoui, un conseiller de la présidence chargé des affaires juridiques, le président du Haut Conseil islamique, le président du Conseil économique, social et environnemental, le président de l’Académie algérienne des sciences et des technologies, le président du Conseil national des droits de l’Homme, la ministre des Relations avec le Parlement, ainsi que des représentants du ministère de la Santé, des parlementaires, des médecins et des experts.

L’objectif était clair : ouvrir un débat approfondi sur un domaine médical vital, à la croisée des considérations éthiques, religieuses et légales.

Dans son discours d’ouverture, M. Azzouz Nasri a salué plusieurs projets structurants récents, notamment l’inauguration de la mine de Gara Djebilet et la mise en service de la ligne ferroviaire Tindouf-Béchar.

Il a qualifié ces réalisations de jalons stratégiques majeurs, appelés à marquer durablement les générations futures et à renforcer le développement économique national sous la conduite du président de la République, M. Abdelmadjid Tebboune.

Ces projets, a-t-il souligné, s’inscrivent dans une vision globale de diversification économique et de développement durable, fidèle aux fondements historiques de l’État algérien.

Abordant le thème principal de la journée, le président du Conseil de la Nation a insisté sur la sensibilité et l’importance de la transplantation d’organes. Cette pratique touche directement à des droits fondamentaux : le droit à la vie, la dignité humaine et l’intégrité du corps.

L’organisation de cette rencontre répond à une volonté d’adopter une approche globale, intégrant les dimensions religieuses, juridiques et médicales. L’objectif est de promouvoir une compréhension claire, d’encadrer les pratiques et de lever les ambiguïtés sociales ou éthiques.

Il a également rappelé que le progrès rapide des sciences médicales impose un encadrement juridique strict. Celui-ci doit trouver un équilibre entre la nécessité thérapeutique et la prévention de toute dérive ou exploitation du corps humain.

La lutte contre le trafic d’organes a été réaffirmée comme une priorité absolue. La légitimité de la transplantation repose à la fois sur le devoir constitutionnel de protéger la vie et sur les principes religieux valorisant la préservation de l’être humain.

Le président du Haut Conseil islamique, le Pr Mabrouk Zaid El Kheir, a souligné la nécessité d’un dialogue constant entre la science et la religion.

Selon lui, les avancées médicales doivent s’inscrire dans un cadre éthique solide qui protège la dignité humaine et respecte le caractère sacré du corps.

Il a insisté sur l’importance du respect des règles religieuses, du rôle des experts religieux et médicaux, et de la prévention de toute forme d’exploitation, dans un objectif humanitaire commun : sauver des vies.

Dans l’allocution du ministre de la Santé, lue par le secrétaire général du ministère, M. Mohamed Talhi, il a été rappelé que la transplantation d’organes constitue une activité médicale d’une importance capitale.

Elle améliore la qualité de vie des patients, réduit leur souffrance et limite les coûts liés aux soins à l’étranger.

Le cadre juridique de cette activité remonte à 1985. Depuis, des progrès significatifs ont été enregistrés, notamment dans :

  • la greffe rénale,
  • la transplantation de moelle osseuse,
  • la greffe du foie,
  • la transplantation de la cornée.

Ces interventions sont actuellement pratiquées dans plusieurs établissements hospitaliers publics spécialisés à travers le pays.

Dans une perspective de développement, un programme national supervisé par l’Agence nationale de greffe d’organes a été mis en place. Il prévoit :

  • l’extension des activités de transplantation,
  • la relance de la greffe hépatique,
  • le lancement de la greffe cardiaque,
  • le renforcement de la formation et des échanges internationaux.

Le président de la Commission de la santé, le Pr Habib Douagui, a rappelé que la greffe d’organes est l’un des domaines médicaux les plus sensibles. Elle touche aux dimensions scientifiques, religieuses, éthiques et juridiques, tout en représentant un espoir pour des milliers de patients.

Elle constitue également un indicateur du niveau de développement du système de santé.

Son développement exige :

  • un cadre religieux clair,
  • un dispositif juridique solide,
  • une organisation sanitaire efficace,
  • une transparence totale dans l’attribution des greffons,
  • une formation médicale continue.

Il a plaidé pour la mise en place d’une stratégie nationale globale visant à réduire les listes d’attente et à renforcer la coopération entre les centres hospitaliers.

La journée a été marquée par plusieurs communications spécialisées. Le Pr Saïd Bouziri a présenté les fondements religieux du don d’organes. Il a souligné que celui-ci est permis lorsqu’il répond à une nécessité vitale, dans le respect de la dignité humaine et avec l’interdiction formelle de toute commercialisation.

Le Dr Nasr Eddine Merrouk a exposé le cadre juridique algérien régissant le prélèvement et la transplantation, en détaillant les conditions légales et les garanties protégeant le patient, le donneur et le médecin.

Le Pr Tahar Rayane a dressé le bilan de la transplantation rénale en Algérie. Il a évoqué les défis organisationnels et techniques, ainsi que la nécessité d’encourager le don d’organes.

Le Pr Karim Boujemaa a rappelé que la greffe du foie constitue le traitement de référence pour certaines maladies graves. Il a toutefois souligné un manque d’infrastructures et d’organisation, malgré l’existence de compétences médicales nationales reconnues.

Le Pr Raymond Reding s’est penché sur la transplantation hépatique pédiatrique. Il a insisté sur l’importance du transfert de technologies, de la formation spécialisée et des techniques chirurgicales avancées.

Le Pr Ahmed Nacer Redouane a présenté les résultats des greffes de cellules souches hématopoïétiques, en soulignant la nécessité d’élargir les centres spécialisés et de renforcer les ressources humaines et financières.

Enfin, la Pr Nassima Benmerzouga Mahfoudi a analysé la situation de la greffe de la cornée. Elle a mis en évidence un écart important entre l’offre et la demande, appelant à développer les banques de tissus et à améliorer l’organisation du secteur.

À l’issue des échanges, plusieurs recommandations concrètes ont été formulées :

  • relancer et renforcer les prérogatives de l’Agence nationale de greffe d’organes,
  • créer des pôles hospitaliers régionaux spécialisés,
  • mettre en place un registre national des donneurs d’organes,
  • encadrer cette activité par des règles éthiques et juridiques strictes,
  • garantir la transparence et l’égalité d’accès aux greffes,
  • intensifier la formation médicale spécialisée.

La réussite des programmes de transplantation repose aussi sur l’implication de la société. Plusieurs actions sont essentielles :

  • sensibiliser à l’importance du don d’organes comme acte de solidarité,
  • encourager le dialogue familial sur le consentement au don,
  • prévenir les maladies chroniques pouvant conduire à une insuffisance d’organes (diabète, hypertension, hépatites),
  • adopter une hygiène de vie saine : alimentation équilibrée, activité physique, arrêt du tabac.

La prévention demeure un pilier majeur. Réduire l’incidence des maladies rénales, cardiaques et hépatiques diminue le recours aux greffes.

En marge de cette journée parlementaire, la Dre Souad Brahimi, spécialiste en néphrologie, a insisté sur la nécessité d’adopter une approche globale et cohérente du développement de la transplantation d’organes en Algérie. Selon elle, il ne s’agit pas uniquement d’un acte médical technique. La greffe engage profondément des dimensions humaines, éthiques et sociétales. Elle touche au droit à la vie, à la solidarité entre citoyens et à la protection de la dignité humaine.

Elle a souligné que ce domaine représente aujourd’hui un défi majeur de santé publique. Les besoins augmentent, notamment avec la progression des maladies chroniques comme l’insuffisance rénale, les pathologies hépatiques et certaines affections cardiaques. Pour des milliers de patients en attente de greffe, la transplantation constitue souvent la seule chance de survie ou d’amélioration significative de la qualité de vie.

Dre Brahimi a également mis en avant la nécessité de sortir des approches traditionnelles et des réflexes administratifs anciens. Elle estime qu’il est temps de passer d’une logique de réflexion à une logique de concrétisation. Les projets existent, les compétences médicales sont présentes, mais leur mise en œuvre doit être accélérée et structurée.

L’intégration des nouvelles technologies apparaît, selon elle, comme un levier essentiel. Les systèmes numériques peuvent permettre une meilleure gestion des listes d’attente, une traçabilité rigoureuse des greffons et une coordination plus efficace entre les établissements hospitaliers. L’utilisation de registres nationaux informatisés, de plateformes de partage de données médicales sécurisées et de solutions de télémédecine faciliterait le suivi des patients greffés et la communication entre les équipes spécialisées.

Les innovations biomédicales, les techniques chirurgicales avancées et l’amélioration des protocoles d’immunosuppression ouvrent également des perspectives prometteuses. Mais leur efficacité dépend d’une organisation moderne, d’investissements ciblés et d’une formation continue des professionnels de santé.

Elle a insisté sur le fait que le renforcement du cadre légal, bien qu’indispensable, ne suffit pas à lui seul. Il doit être accompagné d’une mobilisation collective, d’une gouvernance sanitaire plus dynamique et d’une réelle volonté d’aboutir à des résultats concrets sur le terrain.

Dans cette perspective, l’Algérie dispose des atouts nécessaires pour bâtir un système de transplantation moderne, équitable et performant. L’enjeu est désormais de structurer les actions, d’optimiser l’usage des technologies de pointe et de transformer les orientations stratégiques en réalisations opérationnelles, au service des patients et du respect de la dignité humaine.

Mots-clés : greffe organes, Algérie, santé publique, bioéthique, cadre juridique, don, transplantation, rénale, hépatique, formation médicale, stratégie nationale, santé.

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