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Gaza au bord de l’effondrement humanitaire après la suspension massive des ONG par Israël

Edité par : Rédaction |
31 décembre 2025

Santé détruite, famine imminente, civils tués ou abandonnés : la décision israélienne d’exclure des dizaines d’organisations humanitaires plonge la population palestinienne dans une situation jugée mortelle par les acteurs de terrain

La bande de Gaza fait face à une menace humanitaire d’une ampleur sans précédent. En décidant de suspendre les activités de 37 organisations humanitaires, Israël porte un coup direct aux derniers mécanismes de survie d’une population déjà écrasée par plus d’un an de guerre, de bombardements et de blocus. Présentée par les autorités israéliennes comme une simple mesure administrative liée à de nouvelles règles d’enregistrement et de contrôle, cette décision est largement perçue par les humanitaires et les observateurs internationaux comme une stratégie délibérée d’asphyxie humanitaire.

La mesure, qui pourrait entrer en vigueur dès le 1er janvier, s’applique à un territoire où les infrastructures civiles sont dévastées, où l’accès à l’eau, à la nourriture et aux soins est gravement compromis, et où la population est enfermée sous des restrictions de circulation quasi totales.

Parmi les organisations visées figure Médecins Sans Frontières (MSF), pilier du système de santé de Gaza. Dans un contexte où hôpitaux et cliniques ont été bombardés ou rendus inopérants, MSF assure encore environ 20 % des capacités hospitalières et un tiers des accouchements dans l’enclave. L’organisation qualifie la décision israélienne de « catastrophique », soulignant qu’elle priverait des milliers de civils de soins vitaux.

MSF a par ailleurs démenti catégoriquement les accusations formulées par Israël contre son personnel, dénonçant une criminalisation infondée de l’action humanitaire. Pour l’ONG, il s’agit d’une tentative manifeste d’empêcher toute assistance indépendante aux civils palestiniens.

Aux côtés de MSF, d’autres organisations essentielles sont menacées : le Norwegian Refugee Council, l’International Rescue Committee, Caritas, Oxfam, ActionAid, Action contre la Faim et CARE. Ensemble, elles assurent la distribution de nourriture, les soins aux enfants, le soutien psychologique, l’hébergement d’urgence et la protection des populations les plus vulnérables.

Les conséquences sanitaires de cette décision sont déjà dramatiques, et pourraient rapidement devenir irréversibles. Le Dr Mohammed Abu Nada, directeur médical du Centre de cancérologie du ministère de la Santé de Gaza, alerte sur le sort des patients atteints de cancer, qu’il décrit comme confrontés à « une lente sentence de mort ».

Il évoque une combinaison mortelle de facteurs :

– une pénurie extrême de médicaments anticancéreux,

– l’effondrement des capacités diagnostiques,

– et la fermeture prolongée des points de passage, qui empêche toute évacuation médicale vers l’étranger.

La situation a été encore aggravée en mars dernier, lorsque l’armée israélienne a détruit le seul hôpital spécialisé en oncologie de Gaza. Pour de nombreux patients, la possibilité de quitter l’enclave pour se faire soigner constitue désormais l’unique chance de survie — une option systématiquement bloquée.

Alors que l’hiver s’installe avec son lot de pluies torrentielles et de vents violents, l’UNRWA affirme disposer d’importants stocks humanitaires prêts à être acheminés vers Gaza. Selon l’agence onusienne, des colis alimentaires pour 1,1 million de personnes, de la farine destinée à 2,1 millions d’habitants, ainsi que des équipements d’abri pour des centaines de milliers de civils sont actuellement bloqués à la frontière.

Malgré l’urgence, les autorités israéliennes refusent l’accès à ces fournitures. Pire encore, elles n’accordent plus de visas ni de permis à une grande partie du personnel international de l’UNRWA depuis fin janvier, paralysant de facto toute opération d’assistance. Cette obstruction, dénoncée par les Nations unies, transforme la pénurie en arme politique.

Le Humanitarian Country Team, qui coordonne l’action humanitaire à Gaza et en Cisjordanie occupée, appelle Israël à revenir immédiatement sur cette décision. Le collectif rappelle que les ONG internationales ne sont pas un acteur secondaire, mais le cœur même des opérations de sauvetage.

Au-delà de l’aide matérielle, de nombreux observateurs soulignent un enjeu fondamental : la visibilité. Depuis deux ans, les organisations humanitaires documentent les violations, alertent l’opinion internationale et maintiennent un lien entre Gaza et le reste du monde. Les forcer à quitter le territoire revient à réduire les témoins, à affaiblir la capacité de rendre des comptes et à rendre la souffrance palestinienne plus facile à ignorer.

Cette offensive contre l’aide humanitaire s’inscrit dans une continuité. Israël a déjà, ces dernières années, ciblé l’UNRWA par des campagnes de dénigrement et des restrictions sévères, réduisant drastiquement sa capacité d’action. La création de zones militaires restreintes couvrant plus de 55 % de la bande de Gaza a également empêché, à de multiples reprises, l’acheminement de l’aide.

Le ministère palestinien des Affaires étrangères a fermement condamné la nouvelle réglementation israélienne, rappelant qu’elle constitue une violation manifeste du droit international humanitaire. En tant que puissance occupante, Israël est légalement tenu de garantir les besoins fondamentaux de la population civile, conformément à un avis consultatif de la Cour internationale de justice (CIJ).

« Aucune autorité n’a le droit d’entraver l’action des organisations de secours », souligne le ministère, accusant Israël de chercher à éliminer toute structure susceptible de soutenir la population palestinienne et d’entraver un projet politique fondé sur la destruction des conditions de vie.

À Gaza, où des familles entières survivent sous des tentes déchirées, où des enfants font la queue pour un repas chaud et où les hôpitaux fonctionnent à peine, la suspension des ONG ne relève pas d’un simple choix administratif. Elle constitue un facteur aggravant majeur d’une crise humanitaire déjà extrême, et pourrait entraîner des milliers de morts évitables.

Pour de nombreuses organisations et juristes internationaux, cette décision marque une nouvelle étape dans une politique d’isolement et de punition collective, dont les civils palestiniens paient, une fois encore, le prix le plus lourd.

Mots clés : Gaza ; humanitaire ; santé ; médicament ; soins ; médecin ;

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