
Et si l’horloge biologique influençait le risque de démence ? Une récente étude scientifique suggère que nos habitudes quotidiennes — sommeil, activité physique, régularité des horaires — pourraient jouer un rôle plus important qu’on ne le pensait dans la prévention des maladies neurodégénératives.
Le rythme circadien, un chef d’orchestre invisible
Le rythme circadien correspond à l’horloge biologique interne qui régule, sur un cycle de 24 heures, des fonctions essentielles : veille et sommeil, sécrétion hormonale, digestion, température corporelle ou encore vigilance cognitive. Il est principalement synchronisé par l’alternance lumière-obscurité et piloté par le cerveau.
Un rythme circadien équilibré se traduit par des horaires relativement stables de sommeil, d’activité physique et de repas, indépendamment des variations saisonnières, des week-ends ou de la retraite. À l’inverse, un rythme fragmenté reflète des habitudes irrégulières, des pics d’activité tardifs et un repos moins structuré.
Une étude qui alerte sur les rythmes tardifs
Publiée dans la revue Neurology, l’étude met en évidence une association entre des rythmes circadiens perturbés et un risque accru de démence. Les chercheurs montrent que les personnes dont l’activité quotidienne atteint son maximum plus tard dans la journée — notamment en fin d’après-midi — présentent une probabilité plus élevée de développer une démence.
Selon Wendy Wang, coauteure de l’étude et chercheuse à l’École de santé publique Peter O’Donnell Jr. (UT Southwestern, États-Unis), « les perturbations du rythme circadien augmentent avec l’âge et pourraient constituer un facteur de risque modifiable des maladies neurodégénératives ».
Méthodologie : des données objectives sur le long terme
L’étude a porté sur 2 183 participants, âgés en moyenne de 79 ans, ne présentant aucun signe de démence au début du suivi. Chaque participant a porté un capteur cardiaque adhésif durant environ 12 jours, permettant de mesurer précisément les périodes d’activité et de repos.
Les participants ont ensuite été suivis pendant trois ans en moyenne. Au cours de cette période, 176 personnes ont reçu un diagnostic de démence.
Les chercheurs ont analysé plusieurs indicateurs, dont l’amplitude relative, qui reflète la différence entre les périodes d’activité maximale et minimale. Une amplitude élevée correspond à un rythme circadien robuste et bien structuré.
Des résultats significatifs
Après ajustement des facteurs de confusion (âge, maladies cardiovasculaires, tension artérielle), les résultats sont sans appel :
- Les personnes présentant une faible amplitude circadienne avaient un risque de démence 2,5 fois plus élevé que celles ayant un rythme bien marqué.
- Les participants dont le pic d’activité survenait après 14h15 présentaient un risque accru de 45 % par rapport à ceux dont l’activité culminait plus tôt dans l’après-midi.
- Concrètement, 10 % des personnes à pic tardif ont développé une démence, contre 7 % dans le groupe à rythme plus précoce.
Un lien associatif, mais des pistes biologiques solides
Les auteurs rappellent que l’étude établit une association, et non une relation de causalité directe. Toutefois, plusieurs mécanismes biologiques plausibles sont avancés. Les perturbations du rythme circadien pourraient altérer les mécanismes de nettoyage cérébral, notamment durant le sommeil, favorisant l’accumulation de protéines amyloïdes, impliquées dans la maladie d’Alzheimer.
Ce que cela change pour notre quotidien
Ces résultats renforcent l’idée que le mode de vie influence directement la santé cérébrale. Le rythme circadien apparaît comme un facteur de prévention potentiellement modifiable, au même titre que l’activité physique, l’alimentation ou la stimulation cognitive.
Recommandations médicales pratiques
Les spécialistes recommandent :
- Maintenir des horaires réguliers de sommeil, y compris le week-end.
- Favoriser une activité physique en matinée ou en début d’après-midi.
- S’exposer à la lumière naturelle dès le matin.
- Éviter les écrans lumineux et les stimulations intenses en soirée.
- Stabiliser les horaires des repas.
- Consulter en cas de troubles du sommeil persistants, surtout après 60 ans.
A retenir :
Cette étude souligne un message clé : prendre soin de son horloge biologique, c’est aussi protéger son cerveau. Sans garantir une prévention absolue de la démence, un rythme de vie régulier et aligné sur les cycles naturels pourrait contribuer à réduire le risque, tout en améliorant la qualité de vie globale.
Un rappel précieux à une époque où nos modes de vie, souvent désynchronisés, mettent à rude épreuve notre équilibre biologique.
Mots clés : santé ; mentale ; démence ; biologique ; circadien ;désynchronisé ; vie ;
à lire aussi: