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Déclin cognitif et risque de chute chez les séniors

Edité par : Dr. Salim BENLEFKI | Docteur en neuroscience
6 janvier 2026

Chaque année, un tiers des personnes de plus de 65 ans et une sur deux après 80 ans subissent une chute. Ces accidents ne sont pas anodins : ils peuvent entraîner une perte d’autonomie, des handicaps fonctionnels, des hospitalisations prolongées et, dans certains cas, un placement en institution. 

Des facteurs de risque bien connus… mais une dimension souvent oubliée.

Parmi elles : 

  • Troubles de l’équilibre 
  • Baisse de la vision 
  • Perte de force musculaire 
  • Logement mal adapté (escaliers, tapis, éclairage insuffisant) 

Cependant, un facteur essentiel est souvent sous-estimé : la cognition

Les troubles cognitifs, en particulier ceux affectant les fonctions exécutives, la planification des mouvements et la réactivité aux stimuli, doublent le risque de chute. Un senior ayant des difficultés à anticiper ses déplacements ou à réagir rapidement aux obstacles est bien plus exposé aux accidents. 

Une méta-analyse récente a exploré le lien entre fonctions cérébrales et risques de chute.

L’objectif ?

Identifier les capacités neurocognitives qui influencent l’équilibre et les déplacements, afin de mieux cibler la prévention. 

Ces recherches ouvrent la voie à de nouvelles stratégies, intégrant l’entraînement cognitif et la stimulation cérébrale, en complément des exercices physiques et de l’aménagement du cadre de vie. Une approche globale qui pourrait considérablement réduire le risque de chute et préserver l’autonomie des seniors.

Cette méta-analyse repose sur 38 études portant sur plus de 37 000 personnes âgées de 65 ans et plus, vivant en communauté. Les chercheurs ont analysé la relation entre le statut de chuteur (personne ayant déjà chuté) et 11 sous-domaines neurocognitifs définis par le DSM-V, ainsi que les performances à quatre tests neuropsychologiques. 

Les personnes ayant chuté présentaient des altérations cognitives dans plusieurs domaines :

  • Flexibilité cognitive (capacité à s’adapter aux changements) – DMS : 0,21 
  • Vitesse de traitement de l’information – DMS : 0,20
  • Mémoire de travail (retenir et manipuler temporairement des informations) – DMS : 0,12 
  • Capacité d’attention – DMS : 0,14 
  • Rappel mnésique libre (capacité à se souvenir sans indices) – DMS : 0,15 

Ces altérations étaient significativement associées au risque de chute, bien que leur impact individuel soit modéré. Parmi elles, la flexibilité mentale se démarquait comme un facteur prédictif des chutes à venir. 

En revanche, aucune corrélation n’a été trouvée avec d’autres fonctions cognitives comme la fluence verbale, la perception visuelle, la mémoire de reconnaissance, la visuo-construction ou le langage. 

Parmi les tests neuropsychologiques étudiés, le Trail Making Test B (TMT-B) s’est révélé le plus performant pour évaluer la vitesse de traitement et la flexibilité cognitive. Une mauvaise performance à ce test était significativement associée au statut de chuteur. 

Ce test, simple et rapide à réaliser, pourrait devenir un outil clé dans la prévention des chutes chez les personnes âgées présentant un déclin cognitif. 

Le Trail Making Test B (TMT-B) est un test neuropsychologique utilisé pour mesurer la flexibilité cognitive, la vitesse de traitement de l’information et la fonction exécutive. Il fait partie d’une évaluation plus large des capacités cognitives et est couramment employé dans le diagnostic de troubles neurologiques, psychiatriques et du vieillissement.

Présentation du test : Le TMT-B est une version avancée du Trail Making Test A (TMT-A).

  • TMT-A : le participant doit relier des chiffres de 1 à 25 dans l’ordre croissant, le plus rapidement possible.
  • TMT-B : plus complexe, il alterne entre des chiffres et des lettres (1 → A → 2 → B → 3 → C…) jusqu’à la fin de la séquence.

Le test est chronométré, et le temps nécessaire pour le compléter est un indicateur de la performance cognitive.

Le TMT-B est particulièrement utile pour mesurer :

  • La flexibilité mentale : capacité à passer rapidement d’une tâche cognitive à une autre.
  • L’inhibition cognitive : faculté à éviter les erreurs et à suivre des règles complexes.
  • La vitesse de traitement : rapidité avec laquelle le cerveau traite l’information.
  • L’attention soutenue : capacité à rester concentré sur une tâche pendant un certain temps.
  • La mémoire de travail : aptitude à gérer simultanément plusieurs informations.

Ces compétences sont essentielles pour des activités du quotidien comme la conduite, la gestion de tâches multiples ou la prise de décision rapide.

Les résultats de cette étude soulignent l’importance d’intégrer des évaluations cognitives dans les stratégies de prévention des chutes. Dépister précocement les troubles cognitifs spécifiques permettrait d’adapter les interventions : 

  • Exercices cognitifs pour améliorer la flexibilité mentale et l’attention 
  • Programmes d’entraînement à l’équilibre et au renforcement musculaire 
  • Aménagement sécurisé du domicile 
  • Suivi médical renforcé pour les personnes à risque 

Avec une prise en charge précoce et ciblée, il serait possible de réduire significativement le risque de chute, et donc de préserver l’autonomie des personnes âgées.

Mots clés : santé ; médical ; chute ; âgé ; déclin ; cognitif ; neurocognitive ;

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