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Crise mondiale de l’hélium : la guerre au Moyen-Orient menace les examens IRM dans le monde

Edité par : Chabane BOUARISSA | Journaliste
28 mars 2026

Le conflit opposant les États-Unis et Israël à l’Iran, ainsi que les tensions qui en découlent, provoquent une perturbation majeure de l’approvisionnement mondial en hélium. Près d’un tiers des volumes disponibles seraient affectés. En cause : les restrictions maritimes dans le Golfe et l’arrêt partiel de la production au Qatar, acteur central du marché.

Cette situation dépasse largement le cadre régional. Elle met sous pression des secteurs stratégiques, notamment la santé et les technologies de pointe, fortement dépendants de ce gaz rare.

En 2025, le Qatar a produit environ 63 millions de mètres cubes d’hélium, soit près d’un tiers de la production mondiale estimée à 190 millions de mètres cubes. Si d’autres pays produisent également ce gaz, la région du Golfe reste incontournable en raison de ses infrastructures d’exportation.

Le détroit d’Ormuz, passage maritime stratégique, joue un rôle central. Les restrictions imposées par l’Iran, combinées à la baisse du trafic maritime, ralentissent fortement les exportations. Résultat : une chaîne logistique quasiment paralysée.

L’hélium est un sous-produit de l’exploitation du gaz naturel liquéfié (GNL). Toute perturbation de cette industrie impacte directement sa production.

Les attaques visant des installations énergétiques au Qatar, notamment à Ras Laffan, ont entraîné :

  • une réduction significative des capacités de production,
  • des dommages estimés à près de 17 % des capacités d’exportation de GNL,
  • une baisse annoncée de 14 % des exportations d’hélium.

Les réparations pourraient durer plusieurs années, prolongeant ainsi les tensions sur le marché.

L’hélium est un gaz extrêmement léger. Pour être transporté efficacement, il doit être liquéfié à très basse température et stocké dans des conteneurs cryogéniques.

Contraintes majeures :

  • durée de transport limitée à environ 45 jours,
  • évaporation progressive malgré l’isolation,
  • nécessité de conditions logistiques strictes.

Toute interruption maritime compromet donc rapidement les livraisons.

Les principales économies asiatiques — Japon, Chine, Corée du Sud et Taïwan — figurent parmi les plus gros importateurs d’hélium du Golfe. Leur industrie technologique, notamment les semi-conducteurs, repose largement sur cet approvisionnement.

Même les États-Unis, premier producteur mondial, restent partiellement dépendants des importations. Cette interdépendance accentue la vulnérabilité globale.

L’hélium joue un rôle critique dans le fonctionnement des appareils d’imagerie médicale, notamment l’IRM (imagerie par résonance magnétique).

Ses propriétés uniques :

  • capacité à atteindre des températures proches du zéro absolu,
  • inertie chimique totale,
  • efficacité comme fluide de refroidissement.

Il permet de refroidir les aimants supraconducteurs des IRM, garantissant des images précises du corps humain. Environ un quart de l’hélium mondial est utilisé à cette fin.

Au-delà du secteur médical, l’hélium est essentiel dans :

  • la fabrication des semi-conducteurs,
  • l’aérospatiale,
  • les systèmes militaires,
  • les centres de données.

Son absence pourrait ralentir l’innovation technologique et perturber des chaînes de production entières.

Les experts anticipent une augmentation significative des prix :

  • +10 à 20 % en cas de perturbation de 30 jours,
  • jusqu’à +50 % si la crise se prolonge.

Les entreprises sans contrats d’approvisionnement à long terme seront les plus exposées.

À ce jour, aucun substitut direct à l’hélium n’existe. Des pistes sont explorées :

  • développement d’IRM sans hélium,
  • systèmes de recyclage du gaz,
  • diversification des sources d’approvisionnement.

Cependant, ces solutions restent limitées et ne peuvent compenser immédiatement une pénurie majeure.

Une pénurie prolongée d’hélium pourrait avoir des conséquences concrètes sur les systèmes de santé :

  • ralentissement des examens IRM,
  • retards de diagnostic,
  • tension sur les services hospitaliers.
  • prioriser l’utilisation de l’hélium pour les applications vitales,
  • optimiser les équipements existants (recyclage, maintenance),
  • anticiper les besoins hospitaliers en cas de rupture d’approvisionnement,
  • investir dans des technologies alternatives.

Il s’agit de la cinquième crise majeure de l’hélium depuis 2006. Ce caractère répétitif souligne une fragilité structurelle du marché mondial.

La situation actuelle agit comme un révélateur : la dépendance à certaines ressources critiques expose les systèmes de santé et les industries à des risques géopolitiques majeurs.

En 2024, l’Algérie est devenue le quatrième producteur mondial d’hélium, avec une production totale de 11 millions de mètres cubes, soit une hausse de 3 millions par rapport à 2023. Dans un contexte où la production mondiale s’élève à 180 millions de mètres cubes, cette progression marque un rôle stratégique croissant pour le pays. Le gisement géant de Hassi R’Mel, principal site d’extraction, fournit chaque année 50 millions de mètres cubes de gaz naturel, dont une part est dédiée à l’hélium. Cela place l’Algérie au troisième rang arabe, derrière le Qatar, dans ce secteur.

Les réserves algériennes sont estimées à 8,2 milliards de mètres cubes, soit environ 36 % des réserves mondiales, calculées à 52 milliards. Cela positionne l’Algérie derrière seulement les États-Unis et le Qatar. Comparativement, des pays comme la Russie, le Canada ou la Chine disposent de réserves bien plus limitées, soulignant l’importance stratégique de l’Algérie dans l’industrie mondiale de l’hélium.

La majorité de l’hélium algérien est exportée vers l’Europe, où la demande est forte. En mars 2025, un partenariat avec la société chinoise Folkraio a été signé, combinant échanges commerciaux et coopération technologique, renforçant la position de l’Algérie comme fournisseur clé à l’échelle mondiale.

L’hélium algérien alimente des secteurs stratégiques :

  • Médecine : refroidissement des IRM pour des diagnostics précis et rapides.
  • Électronique et télécommunications : production de semi-conducteurs et de fibres optiques.
  • Aérospatiale : refroidissement des lanceurs et satellites.
  • Plongée sous-marine : réduction des risques de narcose liés à l’azote.

Avec le Qatar, l’Algérie représente une part majeure de la production d’hélium dans la région MENA, les deux pays totalisant 42 % de la production régionale.

L’Algérie consolide ainsi sa position mondiale grâce à l’extension de ses capacités de production et la diversification de ses alliances internationales, assurant un rôle clé dans un marché stratégique en pleine expansion.

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