Phytothérapie, médecine parallèle, cosmétologie traditionnelle et pratiques spirituelles : le 5ᵉ Séminaire international de toxicologie d’Annaba met en lumière les risques sanitaires liés à certains usages traditionnels. Organisée du 27 au 29 octobre 2026 à l’hôtel Sabri, cette rencontre scientifique réunit des spécialistes nationaux et internationaux autour d’un enjeu majeur de santé publique : mieux connaître les dangers, prévenir les intoxications et concilier héritage traditionnel et exigences scientifiques.
Trois jours pour mieux comprendre les risques sanitaires des pratiques traditionnelles
La ville d’Annaba accueille, du 27 au 29 octobre 2026, la 5ᵉ édition du Séminaire international de toxicologie, placée sous le thème « Pratiques traditionnelles : risques et impact sanitaire ». Les travaux se déroulent à l’hôtel Sabri et rassemblent des chercheurs, des médecins, des pharmaciens, des toxicologues, des universitaires ainsi que des professionnels issus de différents secteurs de la santé.
Cette rencontre scientifique est organisée conjointement par le service de toxicologie et le Centre antipoison du Centre hospitalo-universitaire (CHU) d’Annaba, ainsi que par le Laboratoire de recherche Santé et Environnement de la Faculté de médecine de l’Université Badji Mokhtar d’Annaba.
L’événement bénéficie également de la collaboration de plusieurs organismes scientifiques et professionnels, notamment la Société scientifique algérienne de toxicologie (SSATOX), l’Association nationale des pharmaciens algériens et la Société algérienne de pharmacologie.
Durant trois jours, les participants examinent les risques associés à certaines pratiques traditionnelles encore largement répandues. L’objectif est de mieux comprendre leurs effets sur la santé, d’identifier les situations dangereuses et de renforcer les stratégies de prévention et de surveillance sanitaire.

Un patrimoine traditionnel qui n’est pas toujours sans danger
Phytothérapie, remèdes ancestraux, préparations artisanales, cosmétiques traditionnels ou pratiques parallèles à dimension spirituelle : ces usages occupent une place importante dans les habitudes de nombreuses populations. Ils s’inscrivent dans une histoire collective et témoignent d’une recherche ancienne de soulagement, de guérison et de bien-être.
Cependant, leur utilisation n’est pas systématiquement dénuée de risques. Le manque d’informations sur la composition des préparations, les erreurs de dosage, les contaminations, les conditions de conservation inadaptées ou les interactions avec des médicaments peuvent entraîner des effets indésirables parfois graves.

C’est précisément cette réalité que les organisateurs souhaitent mettre en débat. Dans son discours d’ouverture, professeur Rachid Djafer, président du séminaire, chef du service de toxicologie et du Centre antipoison du CHU d’Annaba, et directeur du Laboratoire de recherche Santé et Environnement de la Faculté de médecine de l’Université Badji Mokhtar d’Annaba, a souligné l’importance d’aborder ces pratiques à la lumière des connaissances scientifiques.
Le message est essentiel : l’origine naturelle d’un produit ne garantit ni son innocuité ni son efficacité. Certaines plantes contiennent des substances toxiques. D’autres peuvent provoquer des réactions allergiques ou interagir avec des traitements prescrits. Les risques dépendent notamment de l’espèce utilisée, de la partie de la plante, de la dose, du mode de préparation, de la durée d’utilisation et de l’état de santé de la personne.
Phytothérapie : prévenir le mésusage et les intoxications
La phytothérapie constitue l’un des axes majeurs du programme scientifique. Si certaines plantes disposent de propriétés étudiées et peuvent être utilisées dans des conditions précises, leur emploi sans conseil adapté expose à des risques souvent sous-estimés.
Les intoxications peuvent survenir après l’ingestion d’une plante toxique, l’utilisation d’une préparation trop concentrée ou la confusion entre des espèces végétales. Des produits mal identifiés, contaminés ou adultérés peuvent également présenter un danger.
Les conséquences varient selon la substance et la quantité absorbée. Elles peuvent toucher le foie, les reins, le système nerveux ou le système cardiovasculaire. Certaines atteintes apparaissent rapidement, tandis que d’autres se développent progressivement après des prises répétées.
Les interactions médicamenteuses représentent un autre point de vigilance. Une plante peut modifier l’effet d’un médicament, augmenter sa toxicité ou diminuer son efficacité. Cette situation concerne particulièrement les personnes âgées, les patients atteints de maladies chroniques, les femmes enceintes et les personnes suivant plusieurs traitements.
Pour les toxicologues et les professionnels de santé, l’enjeu consiste donc à mieux documenter les intoxications aiguës et chroniques, à analyser les mécanismes de toxicité et à améliorer la détection des effets indésirables liés aux produits végétaux.
Médecine parallèle, pratiques spirituelles et exigences éthiques
Le séminaire aborde également les pratiques de médecine parallèle et certaines pratiques spirituelles ou occultes susceptibles d’avoir des conséquences sanitaires.
L’objectif est d’examiner leurs implications sans confondre les traditions culturelles et les risques médicaux. Le danger apparaît notamment lorsqu’une pratique retarde une consultation, conduit à interrompre un traitement indispensable ou implique l’ingestion de substances inconnues et potentiellement toxiques.
L’utilisation de produits de composition incertaine, les manipulations dangereuses ou les conseils conduisant à renoncer à des soins éprouvés peuvent aggraver une maladie et retarder sa prise en charge.
Ces questions soulèvent aussi des enjeux éthiques. L’information du public doit respecter les personnes et les traditions, tout en rappelant le droit de chacun à une prise en charge médicale sûre, fondée sur des données scientifiques et sur le consentement éclairé.
La démarche scientifique consiste à évaluer les risques à partir de faits documentés, sans jugement systématique sur les pratiques culturelles, mais sans banaliser leurs éventuelles conséquences sur la santé.
Cosmétologie traditionnelle : attention aux préparations artisanales
La cosmétologie traditionnelle constitue un autre volet important des échanges. Les produits artisanaux utilisés pour les soins de la peau, des cheveux ou du corps peuvent présenter des risques lorsque leur composition, leur origine ou leurs conditions de fabrication ne sont pas maîtrisées.
Certaines préparations peuvent contenir des substances irritantes ou allergisantes. D’autres peuvent être contaminées par des micro-organismes ou renfermer des ingrédients non déclarés. Les risques augmentent lorsque les produits sont appliqués sur une peau lésée, près des yeux ou sur des zones particulièrement sensibles.
L’absence d’étiquetage précis complique également l’identification des ingrédients responsables d’une réaction indésirable. En cas de brûlure, d’irritation persistante ou de réaction allergique, il est donc important de pouvoir renseigner le professionnel de santé sur le produit utilisé et ses conditions d’application.
L’analyse toxicologique de ces préparations permet de mieux caractériser les substances présentes, d’évaluer leur danger potentiel et de contribuer à l’amélioration de la sécurité des produits utilisés par les consommateurs.
Toxicovigilance et phyto-vigilance : mieux détecter pour mieux prévenir

Face à ces risques, le professeur Rachid Djafer a rappelé l’importance du rôle des toxicologues, des praticiens hospitaliers, des universitaires et des chercheurs. Leur mission consiste à éclairer les usages traditionnels par une évaluation scientifique rigoureuse.
Cette démarche repose sur plusieurs priorités :
- Identifier les substances dangereuses, leur composition et leurs mécanismes d’action.
- Documenter les intoxications aiguës et chroniques, afin de mieux reconnaître les circonstances d’exposition et les effets observés.
- Renforcer la toxicovigilance, c’est-à-dire la surveillance des intoxications et des risques liés aux substances chimiques, aux produits et aux expositions.
- Développer la phyto-vigilance, pour repérer et analyser les effets indésirables associés aux plantes et aux préparations végétales.
- Améliorer l’information du public et des professionnels, grâce à des recommandations adaptées et à une meilleure circulation des données scientifiques.
Cette surveillance est essentielle pour détecter les signaux d’alerte, repérer les produits à risque et orienter les mesures de prévention. Elle favorise également une meilleure coordination entre les centres antipoison, les établissements de santé, les laboratoires d’analyse et les professionnels de proximité.
Un programme scientifique riche, avec 55 conférences et 228 e-posters
Au-delà des débats thématiques, le séminaire se veut un espace de partage des connaissances et de confrontation des expériences. Le programme prévoit 55 conférences et 228 e-posters, offrant une place importante aux travaux de recherche et à la diffusion des résultats scientifiques.
Des spécialistes nationaux et internationaux, des cliniciens, des chimistes, des médecins légistes et de jeunes chercheurs sont appelés à présenter leurs travaux au cours de conférences plénières, d’ateliers pratiques et de sessions de communications orales et affichées.
Les échanges portent notamment sur le mésusage de la phytothérapie, les pratiques de médecine parallèle, les implications sanitaires de certaines pratiques occultes et la sécurité de la cosmétologie traditionnelle. Des communications scientifiques libres complètent ce programme.
La rencontre constitue également une occasion de renforcer la formation des jeunes médecins et des étudiants-chercheurs. En favorisant les échanges entre disciplines, elle contribue à rapprocher la recherche fondamentale, l’expertise toxicologique et les réalités de la pratique clinique.
Santé, environnement et traditions : une approche globale
Le thème de cette cinquième édition établit un lien direct entre santé, environnement et traditions. La sécurité d’une préparation ne dépend pas uniquement de son origine végétale ou artisanale. Elle repose aussi sur les conditions de culture, de récolte, de transformation, de stockage et d’utilisation.
La présence éventuelle de contaminants, l’utilisation de substances mal identifiées ou les variations de composition entre plusieurs lots compliquent l’évaluation des risques. Une préparation considérée comme habituelle peut ainsi présenter des dangers lorsque sa fabrication ou son utilisation échappe à tout contrôle.
L’approche multidisciplinaire défendue par les organisateurs permet de croiser les compétences de la toxicologie, de la pharmacologie, de la chimie, de la médecine légale et de la santé publique. Elle vise à produire des connaissances utiles à la prévention et à renforcer la protection des populations.
Cette démarche ne consiste pas à opposer systématiquement les traditions à la médecine moderne. Elle cherche plutôt à distinguer les usages dont la sécurité est suffisamment documentée de ceux qui nécessitent davantage d’études, de précautions ou une mise en garde.
Les recommandations médicales : adopter les bons réflexes
La prévention des intoxications liées aux produits traditionnels repose d’abord sur une information claire et sur des comportements prudents.
Pour le grand public :
- Ne pas considérer qu’une plante ou une préparation naturelle est nécessairement sans danger.
- Éviter les plantes non identifiées, les mélanges de composition inconnue et les préparations dont la provenance est incertaine.
- Demander conseil à un médecin ou à un pharmacien avant d’utiliser un produit traditionnel en complément d’un traitement.
- Signaler aux professionnels de santé l’utilisation de plantes, de compléments alimentaires, de produits artisanaux ou de préparations traditionnelles.
- Ne jamais interrompre ni remplacer un traitement prescrit sans avis médical.
- Faire preuve d’une vigilance particulière chez les enfants, les femmes enceintes, les personnes âgées et les patients souffrant de maladies chroniques.
- Cesser l’utilisation d’un produit suspect en cas de réaction inhabituelle et demander un avis médical.
En cas de suspicion d’intoxication, il faut contacter rapidement un service d’urgence ou un centre antipoison. Il ne faut pas provoquer de vomissements ni administrer un remède improvisé. Si possible, conserver l’emballage ou un échantillon du produit pour faciliter son identification, sans retarder la prise en charge.
Un rendez-vous au service de la santé publique

À travers cette cinquième édition, le Séminaire international de toxicologie d’Annaba entend renforcer le dialogue entre recherche, pratique clinique et santé publique. Les travaux doivent contribuer à une meilleure connaissance des dangers associés à certaines pratiques traditionnelles et à l’élaboration de stratégies de prévention plus efficaces.
Le professeur Rachid Djafer a également exprimé sa gratitude aux membres des comités d’organisation et scientifique, aux partenaires, notamment la SSATOX, ainsi qu’aux autorités locales et universitaires pour leur soutien à la manifestation.
Au-delà des échanges scientifiques, les organisateurs souhaitent que les participants profitent de leur séjour dans la ville côtière d’Annaba pour découvrir son patrimoine culturel et historique, notamment le Cap de Garde et ses monuments.
Le message central de cette rencontre est clair : préserver les traditions ne dispense pas d’évaluer leurs risques. En associant rigueur scientifique, vigilance sanitaire et information du public, les professionnels de santé peuvent contribuer à une utilisation plus sûre des produits traditionnels et à une meilleure protection des populations.
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