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Médicaments essentiels : l’Algérie adopte sa première liste nationale de référence

Edité par : Safa Kaouther BOUARISSA | journaliste
26 octobre 2026

424 substances actives, 22 classes thérapeutiques et 1 066 produits pharmaceutiques : l’Algérie franchit une étape stratégique pour renforcer sa sécurité pharmaceutique, mieux planifier ses besoins en médicaments et améliorer la prise en charge des patients. Cette nouvelle liste doit également contribuer à orienter la production nationale et les importations vers les priorités sanitaires du pays.

L’Algérie franchit une étape importante dans la consolidation de sa politique pharmaceutique avec l’adoption de sa première liste nationale des médicaments essentiels. Annoncée mercredi dans un communiqué du ministère de l’Industrie pharmaceutique, cette initiative vise à mieux organiser les priorités thérapeutiques et à garantir la disponibilité des traitements indispensables à la population.

Au-delà de sa dimension réglementaire et technique, cette liste constitue un outil stratégique pour renforcer la sécurité pharmaceutique nationale. Elle doit permettre de mieux anticiper les besoins du système de santé, d’améliorer la gestion des approvisionnements et de limiter les risques de rupture des médicaments prioritaires.

L’objectif est également de favoriser une meilleure coordination entre les différents acteurs du secteur pharmaceutique. L’État entend ainsi poursuivre le développement du système national de santé en s’appuyant sur une politique du médicament plus cohérente, efficace et durable.

La disponibilité des traitements représente en effet un enjeu majeur de santé publique. Elle conditionne la continuité des soins, la prise en charge des maladies aiguës et chroniques ainsi que l’accès des patients aux thérapies nécessaires.

L’élaboration de cette première liste nationale repose sur une démarche scientifique menée par un comité d’experts multidisciplinaire. Le groupe, présidé par le professeur Amar Tebaibia, représentant du ministre de l’Industrie pharmaceutique, avait pour mission d’émettre un avis spécialisé sur la composition de cette liste.

Les travaux ont abouti à la sélection de **424 substances médicamenteuses, réparties en 22 classes thérapeutiques, correspondant à 1 066 produits pharmaceutiques**.

Ces chiffres traduisent l’ampleur du travail accompli pour identifier et structurer les médicaments jugés prioritaires au regard des besoins du système national de santé.

Il convient toutefois de distinguer les substances actives des produits pharmaceutiques qui en découlent. Une même substance peut être commercialisée sous différentes présentations ou dénominations, selon notamment le dosage, la forme pharmaceutique et le conditionnement.

La liste constitue ainsi une base de référence destinée à mieux définir les priorités en matière d’approvisionnement et de disponibilité des traitements. Elle doit également faciliter la coordination entre les besoins des structures de santé, les capacités de production nationale et les nécessités éventuelles d’importation.

La liste a été élaborée par un comité composé de 21 membres issus de plusieurs institutions et secteurs stratégiques. Cette composition vise à croiser les compétences médicales, pharmaceutiques, scientifiques et institutionnelles nécessaires à l’établissement d’une référence nationale.

Le comité réunit notamment des représentants des secteurs suivants :

– le ministère de l’Industrie pharmaceutique ;

– le ministère de la Défense nationale ;

– le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique ;

– le ministère de la Santé ;

– le ministère du Travail, de l’Emploi et de la Sécurité sociale.

Il comprend également des représentants de plusieurs organismes spécialisés : l’Agence nationale de sécurité sanitaire (ANSS), l’Agence nationale des produits pharmaceutiques (ANPP), la Pharmacie centrale des hôpitaux (PCH), l’Institut Pasteur d’Algérie et le Centre national de pharmacovigilance et de matériovigilance (CNPM).

Des experts et des spécialistes en médecine, en pharmacie et en chirurgie dentaire participent également à ces travaux.

Cette approche multidisciplinaire doit permettre de prendre en considération les besoins des différentes structures de soins, les exigences de sécurité des traitements et les contraintes propres à l’organisation du système de santé algérien.

Le comité a travaillé selon une méthodologie scientifique fondée sur les recommandations de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), tout en tenant compte des spécificités du système de santé national et des besoins thérapeutiques de la population.

Le concept de médicament essentiel repose sur un principe fondamental : privilégier les traitements qui répondent aux besoins sanitaires prioritaires de la population, en tenant compte de leur efficacité, de leur sécurité et de leur intérêt thérapeutique.

Cette démarche ne consiste donc pas simplement à établir un inventaire des médicaments disponibles. Elle vise à définir un cadre de référence permettant de hiérarchiser les besoins et d’orienter les décisions relatives à l’approvisionnement, à la production et à l’utilisation des traitements.

L’adaptation de cette approche aux réalités algériennes est particulièrement importante. Les besoins thérapeutiques évoluent avec le profil épidémiologique de la population, la fréquence des maladies chroniques, l’apparition de nouvelles menaces sanitaires et les progrès de la recherche médicale.

La prise en compte de ces évolutions nécessite une évaluation régulière des traitements prioritaires et une actualisation des références nationales.

L’adoption de cette liste doit également contribuer à améliorer la planification stratégique des besoins en médicaments. En identifiant les traitements prioritaires, les autorités disposent d’un outil supplémentaire pour orienter les décisions relatives à la production nationale et aux importations.

Cette planification peut notamment contribuer à mieux évaluer les volumes nécessaires, à anticiper les tensions d’approvisionnement et à optimiser la mobilisation des ressources financières et logistiques.

Elle s’inscrit aussi dans les objectifs de renforcement de la souveraineté pharmaceutique de l’Algérie. Le développement de la production locale, lorsqu’il répond aux exigences de qualité, de sécurité et d’efficacité, peut participer à réduire certaines dépendances extérieures et à améliorer la résilience du système de santé.

Pour autant, l’adoption d’une liste nationale ne garantit pas, à elle seule, la disponibilité permanente de tous les médicaments concernés. Son efficacité dépendra également de la qualité des prévisions, de la capacité industrielle, de la gestion des stocks, de la coordination entre les institutions et du suivi des besoins sur le terrain.

L’enjeu sera donc de traduire cette référence stratégique en résultats concrets pour les établissements de santé et les patients.

Le ministère de l’Industrie pharmaceutique précise que le travail du comité ne s’arrête pas à l’élaboration de cette première liste. Des réunions périodiques sont prévues afin d’en assurer le suivi, l’actualisation et la modification lorsque cela s’avère nécessaire.

Cette dimension évolutive est essentielle. Les recommandations thérapeutiques, les données scientifiques, les profils de résistance aux traitements et les besoins de la population peuvent changer au fil du temps.

L’actualisation de la liste devra ainsi permettre de tenir compte des nouvelles données médicales, de l’évolution des priorités de santé publique et des éventuelles modifications des besoins en médicaments.

Un suivi rigoureux sera également nécessaire pour vérifier que les traitements retenus restent adaptés aux réalités sanitaires du pays et que leur disponibilité répond effectivement aux besoins des professionnels de santé et des patients.

Pour les citoyens, l’intérêt de cette liste réside avant tout dans les améliorations qu’elle pourrait apporter à l’accès aux traitements essentiels. Une meilleure planification des besoins et des approvisionnements peut contribuer à réduire les ruptures de stock, à faciliter la continuité des soins et à améliorer la prise en charge des maladies nécessitant un traitement régulier.

Toutefois, les effets concrets de cette initiative dépendront de sa mise en œuvre. L’adoption de la liste ne signifie pas nécessairement que tous les médicaments concernés seront immédiatement disponibles dans chaque pharmacie ou établissement hospitalier.

Les patients doivent donc continuer à suivre les prescriptions de leurs médecins et à solliciter les professionnels de santé en cas de difficulté d’approvisionnement.

Bon à savoir : les médicaments essentiels ne sont pas des médicaments de moindre qualité La notion de médicament essentiel désigne un traitement considéré comme prioritaire au regard des besoins de santé de la population. Elle ne signifie ni que les autres médicaments sont inutiles, ni que les traitements retenus peuvent être utilisés sans précaution.

– Ne jamais interrompre ou modifier un traitement prescrit sans l’avis du médecin ou du pharmacien.

– Ne pas remplacer un médicament par un autre sur la seule base de leur nom ou de leur prix. Toute substitution doit tenir compte de la substance active, du dosage, de la forme pharmaceutique et de la situation clinique du patient.

– Signaler au médecin ou au pharmacien toute difficulté à obtenir un traitement, particulièrement lorsqu’il s’agit d’une maladie chronique.

– Éviter l’automédication et le partage de médicaments entre proches, même lorsque les symptômes semblent similaires.

– Respecter les doses prescrites et les conditions de conservation indiquées sur l’emballage.

Avec cette première liste nationale, l’Algérie se dote d’un instrument de référence destiné à mieux structurer sa politique du médicament. Le dispositif vise à rapprocher les besoins sanitaires de la population des capacités de production, des stratégies d’importation et des ressources mobilisées pour assurer l’approvisionnement.

La portée de cette initiative se mesurera toutefois à sa capacité à améliorer durablement la disponibilité des traitements, à prévenir les ruptures et à garantir un accès équitable aux médicaments prioritaires.

L’enjeu dépasse donc la seule publication d’une liste. Il réside dans la mise en place d’un système de suivi efficace, fondé sur des données actualisées, une coordination institutionnelle renforcée et une évaluation régulière des besoins des patients.

La prochaine étape sera de faire de cette référence scientifique un véritable levier d’amélioration de l’accès aux soins et de renforcement de la sécurité pharmaceutique nationale.

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