
Les médicaments de la famille des agonistes des récepteurs du GLP-1, comme Ozempic®, Wegovy® ou Mounjaro®, ont profondément transformé la prise en charge du diabète de type 2 et de l’obésité. Leur efficacité sur la perte de poids et le contrôle de la glycémie est désormais bien démontrée. Toutefois, à mesure que leur utilisation se généralise, de nouveaux effets indésirables potentiels continuent d’être étudiés.
Une étude récente, publiée dans le British Medical Journal (BMJ) et menée par des chercheurs de l’Université de Pennsylvanie auprès de plus de 12 000 patients, met en évidence une possible augmentation du risque de chute de cheveux chez les personnes traitées par ces médicaments. Si ce signal mérite une attention particulière, les chercheurs soulignent que ce phénomène reste peu fréquent et ne remet pas en cause les bénéfices de ces traitements.
Les médicaments GLP-1 sous surveillance
Les agonistes des récepteurs du GLP-1 sont aujourd’hui prescrits pour traiter :
- le diabète de type 2 ;
- l’obésité ;
- le surpoids associé à certaines complications médicales.
Ils agissent en reproduisant l’action d’une hormone intestinale, le GLP-1 (Glucagon-Like Peptide-1), qui :
- stimule la sécrétion d’insuline lorsque la glycémie augmente ;
- ralentit la vidange de l’estomac ;
- réduit l’appétit ;
- favorise une perte de poids progressive.
Comme tout traitement, ils peuvent toutefois entraîner des effets secondaires.
Les plus fréquents sont :
- les nausées ;
- les vomissements ;
- les diarrhées ;
- la constipation ;
- les douleurs abdominales ;
- la diminution de la masse musculaire.
D’autres effets, plus rares, font actuellement l’objet d’études, notamment concernant le pancréas, la santé osseuse, certaines complications oculaires ou articulaires.
Une étude menée sur plus de 12 000 patients
Pour mieux évaluer le risque de chute de cheveux, les chercheurs ont analysé les données médicales de 12 004 patients traités par un agoniste des récepteurs du GLP-1.
Ils ont comparé ces personnes à deux autres groupes recevant :
- un inhibiteur du SGLT-2 ;
- un inhibiteur de la DPP-4.
Afin d’obtenir des résultats fiables, les scientifiques ont pris en compte plusieurs facteurs pouvant influencer la perte de cheveux :
- l’âge ;
- le sexe ;
- les antécédents médicaux ;
- les maladies associées ;
- d’autres facteurs de risque connus.
Un risque relatif plus élevé, mais un risque absolu faible
Les résultats montrent que les personnes traitées par un médicament de la famille des GLP-1 présentaient :
- un risque de chute de cheveux supérieur de 37 % par rapport aux patients recevant un inhibiteur du SGLT-2 ;
- un risque supérieur de 68 % comparativement aux personnes traitées par un inhibiteur de la DPP-4.
Cependant, ces pourcentages correspondent à une augmentation du risque relatif, et non du nombre réel de cas.
Dans les faits, le phénomène reste rare.
Les chercheurs estiment qu’en moyenne :
- 7 patients sur 1 000 développent une chute de cheveux au cours d’une année sous traitement par GLP-1 ;
- contre 5 sur 1 000 avec un inhibiteur du SGLT-2 ;
- et 4 sur 1 000 avec un inhibiteur de la DPP-4.
Autrement dit, même si le risque augmente, la majorité des patients ne présentent pas cet effet secondaire.
Une chute de cheveux généralement réversible
Les auteurs précisent qu’il s’agit principalement d’une alopécie non cicatricielle.
Cette forme de chute de cheveux ne détruit pas les follicules pileux.
Dans la majorité des cas, les cheveux peuvent donc repousser après la disparition du facteur déclenchant.
Il ne s’agit pas d’une perte définitive des cheveux.
Le médicament est-il réellement responsable ?
L’étude ne permet pas d’affirmer que les médicaments GLP-1 sont directement responsables de cette chute de cheveux.
Les chercheurs avancent une autre hypothèse.
La perte de poids rapide provoquée par ces traitements pourrait perturber temporairement le cycle normal de croissance des cheveux.
Ce phénomène est bien connu après :
- une chirurgie bariatrique ;
- un régime très restrictif ;
- une maladie sévère ;
- un accouchement.
Dans ces situations, un nombre plus important de follicules pileux entre simultanément dans une phase de repos, provoquant une chute diffuse appelée effluvium télogène.
Le rôle des carences nutritionnelles
Une perte de poids importante peut également s’accompagner de déficits nutritionnels susceptibles de fragiliser les cheveux.
Les carences les plus souvent impliquées concernent :
- le fer ;
- le zinc ;
- les protéines ;
- certaines vitamines du groupe B ;
- la vitamine D.
Ces déficits peuvent ralentir la croissance des cheveux et favoriser leur chute.
Un suivi nutritionnel est donc essentiel chez les personnes perdant rapidement du poids.
Des limites à prendre en compte
Les chercheurs rappellent que leur étude présente plusieurs limites.
Les dossiers médicaux utilisés ne permettaient pas toujours de connaître :
- l’intensité de la chute de cheveux ;
- sa durée ;
- son évolution dans le temps ;
- la repousse éventuelle après quelques mois.
D’autres études seront nécessaires pour confirmer ces résultats et mieux comprendre les mécanismes impliqués.
Faut-il arrêter son traitement ?
Les auteurs sont très clairs : ces résultats ne doivent pas conduire à interrompre un traitement sans avis médical.
Pour les personnes atteintes d’obésité ou de diabète de type 2, les bénéfices des agonistes des récepteurs du GLP-1 restent largement supérieurs aux risques identifiés à ce jour.
En revanche, les médecins sont invités à informer leurs patients de cette possibilité et à surveiller l’apparition d’une chute de cheveux, notamment lors d’une perte de poids rapide.
Comment limiter le risque de chute de cheveux ?
Plusieurs mesures peuvent contribuer à préserver la santé des cheveux pendant un traitement par GLP-1 :
- adopter une alimentation suffisamment riche en protéines ;
- veiller à des apports adéquats en fer, zinc, vitamines B et vitamine D ;
- éviter les régimes trop restrictifs ;
- privilégier une perte de poids progressive lorsque cela est possible ;
- consulter un médecin en cas de chute de cheveux importante afin de rechercher une éventuelle carence ou une autre cause médicale.
Une prise en charge précoce permet souvent de limiter la durée de la chute et de favoriser la repousse.
À savoir
La chute de cheveux observée chez certains patients traités par les agonistes des récepteurs du GLP-1 semble le plus souvent être une alopécie non cicatricielle, une forme généralement réversible. Les spécialistes estiment qu’elle pourrait être davantage liée aux changements rapides de l’organisme, notamment à une perte de poids importante ou à des carences nutritionnelles, qu’à une action directe du médicament sur les follicules pileux. Un suivi médical et nutritionnel régulier permet de prévenir ou de corriger ces déséquilibres sans remettre en cause les bénéfices du traitement.
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