Un signal d’urgence lancé par Sidaction

Le Sidaction tire la sonnette d’alarme. Malgré des avancées médicales majeures, le risque d’une reprise de l’épidémie de VIH/sida est réel. Depuis des années, Sidaction mobilise pour informer, prévenir et financer la recherche. Aujourd’hui, le contexte a changé : la maladie est mieux contrôlée, mais la vigilance diminue.
Des progrès thérapeutiques majeurs, mais pas de guérison
Les traitements antirétroviraux ont transformé la maladie. Une personne traitée peut vivre longtemps et ne plus transmettre le virus si sa charge virale est indétectable.
Les outils de prévention ont également évolué :
- PrEP (prophylaxie pré-exposition),
- traitements injectables longue durée,
- stratégies visant une rémission durable.
Malgré ces avancées, aucun traitement ne permet encore d’éradiquer le virus.
Une épidémie toujours active à l’échelle mondiale
Les chiffres restent préoccupants :
- environ 41 millions de personnes vivent avec le VIH,
- près d’un quart sans traitement,
- environ 600 000 décès chaque année.
Selon ONUSIDA, jusqu’à 4 millions de décès supplémentaires pourraient survenir d’ici 2030 sans renforcement des actions.
Un contexte fragilisé : financements en baisse et tensions sociales
La lutte contre le VIH est aujourd’hui fragilisée par plusieurs facteurs :
- réduction des financements publics,
- arrêt de certaines aides internationales,
- remise en cause des droits des populations vulnérables (femmes, personnes LGBT+, migrants).
Selon Florence Thune, cette situation crée un effet d’étau : moins de prévention, moins de dépistage, moins d’accès aux soins.
Le risque : une « catastrophe annoncée » avec une reprise de l’épidémie.
VIH en Algérie : Une prévalence faible mais des populations clés fortement exposées
En Algérie, il est estimé que bien que la prévalence du VIH soit faible, les défis persistent et nécessitent une mobilisation soutenue pour atteindre l’objectif d’éradiquer l’épidémie d’ici 2030.
Depuis la notification obligatoire des cas en 1990, l’Algérie connaît une épidémie de VIH de type concentré et d’ampleur modérée. En 2021, environ 21 000 personnes vivent avec le VIH (PVVIH), dont 91 % connaissent leur statut et 82 % sont sous traitement antirétroviral (ARV). Parmi elles, on compte 9 300 femmes et près de 1 400 enfants de moins de 15 ans, avec 2 000 nouvelles infections, dont 500 chez les enfants. La couverture des femmes nécessitant un ARV pour la prévention de la transmission mère-enfant reste faible (16 %), et le taux de transmission verticale finale atteint 24,9 %.
La prévalence dans la population générale demeure faible (<0,1 %), mais les connaissances sur la prévention restent limitées : seulement 10,4 % des femmes de 15-24 ans identifient correctement les moyens de prévenir le VIH, avec des zones comme le Haut Plateau Est, le Haut Plateau Ouest et le Sud à moins de 6 %. Le dépistage récent est également très faible, avec seulement 2,7 % des femmes de 15-49 ans ayant effectué un test et connaissant leur résultat.
Les populations clés et vulnérables (PCV) présentent des prévalences disproportionnées : les professionnelles du sexe (PS) 7,21 %, les hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes (HSH) 2,3 %, les consommateurs de drogue injectable (CDI) 2,2 %, et les migrants(es) 2,2 %, avec une prévalence féminine cinq fois plus élevée que masculine chez les migrants (5,83 % vs 1,42 %). Les tailles estimées de ces populations montrent un accès très limité aux tests : 94 % des HSH, 79 % des PS et 95 % des CDI n’avaient pas été dépistés en 2019.
Plusieurs signaux préoccupants :
- baisse de l’usage du préservatif,
- recours insuffisant à la PrEP,
- pratiques à risque,
- désinformation persistante.
Un point critique : beaucoup de jeunes ignorent qu’un patient traité ne transmet pas le virus.
Désinformation et stigmatisation : des freins majeurs
Dès le début de l’épidémie de VIH/sida, l’Algérie s’est engagée de manière volontaire et déterminée dans la riposte, avec un soutien politique constant et un financement significatif : plus de 95 % du budget provient du Trésor public, garantissant gratuitement et universellement toutes les prestations. Cependant, certains tabous persistent, dissuadant de nombreuses personnes de se faire dépister. Les spécialistes soulignent donc l’importance d’intégrer les facteurs sociaux dans les stratégies de prévention et de sensibilisation, afin de créer un environnement où chacun se sente soutenu et en sécurité pour se faire dépister et suivre un traitement. Les idées fausses persistent, amplifiées par certains contenus sur les réseaux sociaux.
Conséquences :
- peur irrationnelle du VIH,
- retard au dépistage,
- discrimination des personnes séropositives.
La sérophobie reste un obstacle majeur à la prévention et à la prise en charge.
Recherche et solidarité : des piliers menacés
Face à un contexte budgétaire difficile, le Sidaction appelle à la mobilisation.
Les dons financent :
- la recherche scientifique,
- l’accès aux traitements,
- les programmes de prévention,
- l’accompagnement des patients.
Soutenue par Françoise Barré-Sinoussi, la lutte repose sur un engagement collectif durable.
L’Algérie face au VIH
La riposte nationale s’inscrit désormais dans un cadre structuré et cohérent, porté par le Plan national stratégique de lutte contre les IST/VIH/sida 2024-2028, avec l’objectif ambitieux d’éradiquer le VIH/Sida d’ici 2030. Coordonné par le Comité national regroupant onze départements ministériels et quatre organisations spécialisées, ce plan place, au cœur de l’action publique, la prévention holistique, le dépistage précoce et ciblé, l’amélioration continue de la prise en charge thérapeutique, la lutte contre la stigmatisation dans la société comme dans les structures de soins, ainsi que l’implication active des communautés et des acteurs de terrain.
Recommandations médicales et de santé publique
Prévention
- utiliser le préservatif lors des rapports à risque,
- envisager la PrEP en cas d’exposition élevée,
Dépistage
- se faire tester régulièrement,
- dépister précocement pour limiter la transmission,
Traitement
- débuter rapidement une prise en charge,
- suivre rigoureusement les traitements.
Information
- s’appuyer sur des sources fiables,
- lutter contre les idées reçues.
Vers une réponse globale et durable
La lutte contre le VIH ne repose pas uniquement sur la médecine. Elle implique :
- des politiques publiques fortes,
- une éducation à la santé,
- la défense des droits humains,
- une coopération internationale.
Sans ces leviers, les progrès pourraient être compromis.
À retenir : Le VIH est aujourd’hui contrôlable, mais pas éradiqué. Le relâchement des efforts, combiné à des moyens en baisse, expose à une reprise de l’épidémie.
Mots-clés : VIH, sida, prévention, PrEP, dépistage, ONUSIDA, Sidaction, santé publique, antirétroviraux, épidémie, sérophobie,
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