
L’Algérie amorce une réforme importante dans la prise en charge des patients victimes de brûlures. Le ministre de la Santé, Mohamed Seddik Ait Messaoudene, a annoncé à Skikda l’intégration progressive de services spécialisés pour brûlés dans l’ensemble des hôpitaux du pays.
Une réforme nationale pour mieux prendre en charge les brûlés
Cette stratégie repose sur un déploiement graduel, avec une priorité accordée aux établissements situés dans les chefs-lieux de wilayas. L’objectif est clair : garantir une prise en charge adaptée, rapide et homogène sur tout le territoire.
Ces services prendront la forme :
- d’unités spécialisées en brûlologie
- ou de structures dédiées intégrées aux hôpitaux existants
Des enjeux médicaux majeurs : une urgence vitale
Les brûlures graves représentent une urgence médico-chirurgicale majeure, à la fois complexe et potentiellement mortelle, qui impose une prise en charge immédiate et hautement spécialisée. Dès les premières minutes, l’intervention médicale est déterminante pour limiter l’étendue des lésions et prévenir les complications. Ces patients nécessitent généralement une admission en soins intensifs, avec une surveillance continue et des traitements adaptés, incluant la réanimation, la gestion de la douleur et la prévention des infections.
Le suivi est souvent long et multidisciplinaire, associant chirurgiens, réanimateurs et spécialistes de la rééducation. En effet, les complications sont fréquentes et parfois graves, notamment les infections sévères liées à la perte de la barrière cutanée, la déshydratation aiguë due aux pertes hydriques importantes, ainsi que des défaillances organiques pouvant engager le pronostic vital.
Dans ce contexte, une organisation hospitalière structurée, dotée d’unités spécialisées et de personnels formés, est essentielle pour améliorer à la fois la survie des patients et leur récupération fonctionnelle à long terme.
Un projet stratégique : l’hôpital des grands brûlés de Bouzaâroura
Parmi les priorités figure la réalisation d’un hôpital spécialisé pour grands brûlés à Bouzaâroura, dans la commune de Filfila (est de Skikda).
Ce projet est considéré comme structurant. Il vise à créer un centre de référence capable de :
- traiter les cas les plus graves
- centraliser l’expertise médicale
- former les professionnels de santé
Les autorités locales assurent un suivi rapproché afin de lever les obstacles techniques et administratifs retardant sa concrétisation.
Un défi de santé publique
Les brûlures constituent un véritable enjeu de santé publique, souvent sous-estimé, en raison des lourdes séquelles physiques qu’elles entraînent, de leur impact psychologique important et du coût élevé qu’elles représentent pour le système de santé. Face à cette réalité, le développement de services spécialisés apparaît comme une réponse structurée et nécessaire. La mise en place progressive d’unités dédiées aux patients brûlés, combinée à la modernisation des infrastructures hospitalières, marque une avancée notable en Algérie. Elle devrait permettre d’améliorer la rapidité d’intervention, la qualité des soins et le pronostic des patients. Le défi reste désormais d’assurer une application efficace sur le terrain, afin de garantir à chaque patient, où qu’il se trouve, une prise en charge adaptée et équitable.
À Skikda, la santé publique sous le regard du terrain
Une visite ministérielle entre écoute, urgences hospitalières et promesses de renforcement
Le ministre de la Santé, Mohamed Essadik Aït Messaoudane, a effectué une visite de terrain à Skikda, avec plusieurs étapes dans les établissements de santé de la wilaya. Au-delà du protocole, ce déplacement a voulu mettre l’accent sur une priorité simple : voir la réalité de près, écouter les professionnels et mesurer les besoins réels des patients.
Une tournée au cœur des structures de soins
La visite a conduit le ministre à Collo, El Harrouch puis Skikda, où il a inspecté plusieurs établissements hospitaliers, dont l’EPH Abdelkader Nattour, l’EPH Moudjahid Draâji El Ayeb et l’EHS Abderrazzak Bouhara et l’hôpital des Frères Saâd Guermech. Il s’est également arrêté au projet d’hôpital des brûlés de Bouzaaroura, à Filfla, un projet très attendu par la population locale.
Dans chaque structure, le même objectif a été affiché : observer les conditions de travail, évaluer la qualité de la prise en charge et relever les insuffisances nécessitant une intervention. Le ministre a insisté sur l’importance d’une évaluation régulière du terrain, loin des bilans purement administratifs.
Des indicateurs jugés encourageants
Le bilan présenté par la Direction de la santé de Skikda montre que plusieurs efforts ont été engagés pour renforcer l’offre de soins. De nouveaux points de garde ont été ouverts en 2025 et 2026 pour rapprocher les soins de premier recours des citoyens. La wilaya a aussi bénéficié de 58 postes de médecins spécialistes en 2026, dans des disciplines sensibles comme la gynécologie-obstétrique, la pédiatrie, l’orthopédie, l’ORL, l’ophtalmologie et la chirurgie générale.
Selon les données présentées, cette dynamique aurait permis de réduire de 60 à 70 % les transferts de patients hors wilaya, un indicateur important pour les familles comme pour la continuité des soins.
Scanner, dialyse, cancer : des besoins très concrets
Parmi les avancées annoncées figurent aussi l’acquisition de scanners pour Tamalous et Collo, ainsi que 31 appareils d’hémodialyse et deux stations de traitement des eaux au profit de plusieurs structures hospitalières de la wilaya.
Le dossier du cancer a également occupé une place centrale. Deux unités de chimiothérapie ont été ouvertes en 2024 à Tamalous et El Harrouch. Une étude a en outre été inscrite pour la réalisation d’un service de radiothérapie à El Harrouch, afin de limiter les déplacements des malades vers d’autres wilayas et de raccourcir les délais d’attente.
Maternité et prévention : les autres chantiers
Le bilan sanitaire fait aussi état de l’ouverture d’une maternité rurale à Ben Azzouz, avec une autre attendue à Filfla, ainsi que du renforcement des services de gynécologie-obstétrique à Skikda et Collo. En parallèle, la wilaya s’appuie sur 104 centres de vaccination et 48 unités de dépistage scolaire, avec des taux de couverture jugés élevés.
Ces chiffres rappellent que la santé publique ne se résume pas aux urgences ou aux hôpitaux : elle se joue aussi dans la prévention, la vaccination, le suivi maternel et la veille épidémiologique.
Une visite utile, à condition d’être suivie d’effets
Cette visite ministérielle aura eu le mérite de remettre la santé au centre du débat local. Elle a montré un secteur en mouvement, porté par des efforts réels, mais encore confronté à des attentes fortes. Car pour le citoyen, la vraie mesure du changement reste simple : un spécialiste disponible, un scanner accessible, une urgence fonctionnelle et un soin digne, près de chez lui.
À Skikda comme ailleurs, la santé publique se juge moins à la promesse qu’à la preuve.
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