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Une odeur repoussante, un espoir inattendu : le sulfure d’hydrogène face à la maladie d’Alzheimer

Edité par : Dr Salim BENLEFKI | Docteur en neuroscience
24 décembre 2025

Et si une molécule connue pour son odeur d’œuf pourri jouait un rôle protecteur pour le cerveau ? Une étude américaine relance l’intérêt scientifique pour le sulfure d’hydrogène, un gaz naturellement produit par l’organisme. Chez des souris atteintes d’une forme expérimentale de la maladie d’Alzheimer, ce composé a permis d’améliorer de façon marquée les fonctions cognitives et motrices. Une piste prometteuse, mais strictement médicale.

La maladie d’Alzheimer demeure la première cause de démence dans le monde. Elle se caractérise par un déclin progressif de la mémoire, des capacités cognitives et de l’autonomie. Malgré des décennies de recherche, les traitements disponibles n’offrent qu’un bénéfice limité et transitoire.

Face à cet échec relatif, les chercheurs explorent de nouvelles voies biologiques, en s’intéressant notamment à des molécules endogènes, produites naturellement par l’organisme, susceptibles de protéger les neurones ou de ralentir la neurodégénérescence.

Le sulfure d’hydrogène (H₂S) est surtout associé à une odeur désagréable, proche de celle de l’œuf pourri. Pourtant, il ne s’agit pas uniquement d’un déchet. À très faibles concentrations, le corps humain en fabrique naturellement.

Ce gaz joue un rôle essentiel dans plusieurs fonctions biologiques :

  • régulation du métabolisme cellulaire,
  • dilatation des vaisseaux sanguins,
  • modulation de l’inflammation,
  • communication entre les cellules nerveuses.

Des études antérieures ont montré que la production et le métabolisme du sulfure d’hydrogène diminuent avec l’âge, et plus encore chez les personnes atteintes de maladies neurodégénératives, dont Alzheimer.

Dans une étude publiée en 2021 dans la revue Proceedings of the National Academy of Sciences (PNAS), des chercheurs de l’université Johns Hopkins ont testé un composé expérimental, le NaGYY, capable de libérer lentement du sulfure d’hydrogène dans l’organisme.

Les travaux ont été menés sur des souris génétiquement modifiées pour reproduire les caractéristiques majeures de la maladie d’Alzheimer humaine. Pendant 12 semaines, ces animaux ont reçu des injections régulières du composé, avant d’être soumis à des tests de mémoire, d’apprentissage et de motricité.

Les résultats sont significatifs. Les souris traitées ont présenté :

  • une amélioration d’environ 50 % de leurs capacités cognitives,
  • une meilleure mémoire des tâches apprises,
  • une activité motrice plus élevée et plus coordonnée.

À l’inverse, les souris non traitées ont continué à décliner, conformément à l’évolution attendue de la maladie.

Pour expliquer ces effets, les chercheurs se sont intéressés à une enzyme centrale du cerveau : la glycogène synthase kinase 3 bêta (GSK3β). En conditions normales, cette enzyme participe à des mécanismes de signalisation cellulaire bénéfiques.

En revanche, lorsque les niveaux de sulfure d’hydrogène sont insuffisants, la GSK3β interagit excessivement avec la protéine Tau, l’un des marqueurs majeurs de la maladie d’Alzheimer. Cette interaction favorise la formation d’amas toxiques à l’intérieur des neurones, perturbant la communication synaptique et conduisant à la mort cellulaire.

En restaurant des niveaux adéquats de sulfure d’hydrogène, cette cascade délétère semble freinée, protégeant ainsi les neurones chez les souris étudiées.

Ces résultats ne signifient en aucun cas que sentir volontairement des odeurs désagréables, ou inhaler du sulfure d’hydrogène, aurait un effet protecteur. À forte dose, ce gaz est toxique, voire mortel, et son inhalation ne présente aucun bénéfice thérapeutique.

L’intérêt de cette recherche est exclusivement pharmacologique. Il s’agit de développer, à terme, des médicaments capables de restaurer de manière ciblée, contrôlée et sécurisée les niveaux de sulfure d’hydrogène dans le cerveau.

Cette étude ouvre une piste innovante dans la lutte contre Alzheimer :

  • cibler des mécanismes biologiques précoces,
  • protéger les neurones avant leur destruction,
  • compléter les approches actuelles plutôt que les remplacer.

Des essais supplémentaires seront nécessaires pour confirmer ces résultats chez l’humain, déterminer les doses sûres et évaluer les effets à long terme.

En l’état des connaissances :

  • aucun traitement à base de sulfure d’hydrogène n’est disponible pour les patients,
  • toute exposition volontaire à ce gaz est formellement déconseillée,
  • la prévention d’Alzheimer repose toujours sur des mesures validées : activité physique régulière, stimulation cognitive, alimentation équilibrée, contrôle des facteurs cardiovasculaires et suivi médical.

Derrière une odeur unanimement rejetée se cache peut-être une clé biologique majeure pour comprendre et ralentir la maladie d’Alzheimer. Si la route vers un traitement reste longue, cette découverte rappelle que certaines avancées médicales naissent là où on ne les attend pas.

Mots clés : Alzheimer ; odeur ; biologique ; traitement ; protéine Tau ; sulfure d’hydrogène ; gaz ;

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