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Lumière du matin : un rempart oublié contre la dépression

Edité par : Dr Salim BENLEFKI | Docteur en neurosciences
13 décembre 2025

Une équipe de chercheurs allemands invite à revoir en profondeur notre exposition à la lumière au réveil. Leur constat est clair : commencer la journée dans un environnement trop sombre perturberait notre horloge biologique, modifierait notre production de cortisol et pourrait accroître, à long terme, notre vulnérabilité à la dépression.

La lumière du jour joue pourtant un rôle essentiel. Elle régule l’humeur, stabilise les cycles veille-sommeil et soutient notre vigilance. L’étude confirme à quel point une luminosité suffisante avant midi est déterminante pour la santé mentale.

Les chercheurs de l’hôpital St. Hedwig et de la Charité – Universitätsmedizin Berlin ont conduit une expérience au début du printemps auprès de vingt adultes âgés de 19 à 30 ans, en bonne santé. Les participants ont conservé leurs heures de coucher habituelles. Leur sommeil était surveillé par accélérométrie et leur cortisol mesuré régulièrement dans l’urine et la salive sur une période de 24 heures.

Deux groupes ont été formés :

  • Un premier groupe a passé six matinées consécutives, de 8 h à 12 h, sous une lumière incandescente très faible (55 lux, température de couleur 2 700 K).
  • Un second groupe a évolué sous une lumière fluorescente beaucoup plus intense (800 lux, 3 500 K).

Les résultats sont nets. Les participants exposés à une lumière tamisée ont présenté :

  • des niveaux de cortisol urinaire nettement plus élevés le soir,
  • des corticostéroïdes salivaires élevés en milieu d’après-midi,
  • une augmentation de la somnolence,
  • une hausse des sentiments de tristesse.

Ces perturbations hormonales s’apparentent aux variations observées chez les personnes souffrant de troubles dépressifs. L’éclairage faible agirait comme un stress physiologique discret mais répété, perturbant la dynamique naturelle du cortisol, hormone clé du rythme circadien.

Sur le plan du sommeil, l’exposition à un éclairage matinal insuffisant a entraîné :

  • une réduction de la durée totale de sommeil,
  • un déplacement des ondes lentes profondes vers une phase plus tardive, un schéma typique des profils dépressifs.

À l’inverse, les participants exposés à un éclairage plus lumineux ont bénéficié d’un sommeil paradoxal plus long, sans perturbation de la latence d’endormissement.

Selon les auteurs, ces résultats doivent placer la chronobiologie au centre de la prévention en santé mentale. Ils soulignent l’importance d’intégrer davantage de lumière naturelle — ou, lorsque nécessaire, une lumière artificielle d’intensité suffisante — dans les lieux où nous passons nos matinées : écoles, bureaux, universités, établissements de soins, maisons de retraite.

Ils alertent contre une « vie dans l’obscurité biologique », résultant de journées passées dans des environnements sous-éclairés, surtout durant l’automne et l’hiver.

  • S’exposer à la lumière du jour dans l’heure suivant le réveil. Une marche, même brève, peut suffire.
  • Ouvrir les rideaux immédiatement au lever et privilégier les espaces les plus lumineux pour travailler le matin.
  • Limiter les matinées prolongées en intérieur sous éclairage faible, notamment en hiver.
  • Privilégier un éclairage artificiel d’au moins 500–800 lux dans les pièces utilisées le matin.
  • Consulter un professionnel de santé en cas de somnolence persistante, tristesse durable ou perturbation du sommeil.
  • Éviter la lumière très vive en soirée, qui peut perturber la production naturelle de mélatonine.

Cette étude ouvre une piste accessible et peu coûteuse : améliorer la lumière de nos matins pour stabiliser notre rythme biologique et réduire le risque de dépression. D’autres travaux à plus large échelle seront nécessaires, mais un message se dégage déjà : commencer la journée dans la lumière est un geste de santé publique.

Mots clés : santé, lumière ; matin ; biologique ; dépression ; corticostéroïde ; cortisol ;

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