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Toilettes publiques : ce que vous risquez (et ce que vous n’attraperez jamais)

Edité par : Dre SOUAD BRAHIMI | Docteur en médecine
19 novembre 2025

Mythe ou réalité : peut-on tomber malade en s’asseyant sur un siège de toilettes ?

L’idée seule suffit à provoquer un frisson de dégoût. Odeurs âcres, traces d’urine, éclaboussures… Beaucoup redoutent le contact avec les sièges de toilettes publiques. Certains ouvrent les portes avec le coude, tirent la chasse d’eau du pied, recouvrent le siège de papier toilette ou préfèrent s’accroupir pour éviter tout contact. Mais cette prudence extrême est-elle justifiée ? Peut-on réellement attraper une infection en s’asseyant sur une cuvette ?

Selon Jill Roberts, professeure de santé publique et de microbiologie à l’Université de Floride du Sud, le risque d’attraper une maladie depuis un siège de toilettes est « infinitésimalement faible ».

Les maladies sexuellement transmissibles (MST) — chlamydia, gonorrhée, syphilis ou VIH — ne survivent pas longtemps hors du corps humain. Ces agents pathogènes se transmettent uniquement par contact génital direct ou échange de fluides corporels.

Pour contracter une infection à partir d’un siège, il faudrait un scénario hautement improbable : présence de fluides frais, contact immédiat avec la peau génitale et une porte d’entrée ouverte (plaie, irritation). Autrement dit, quasiment impossible.

Même les infections urinaires ne se contractent pas de cette manière : elles surviennent surtout quand nos propres bactéries fécales migrent vers l’urètre, souvent à cause d’un essuyage inadapté.

Certaines exceptions existent.

Le virus du papillome humain (VPH), responsable des verrues génitales, peut survivre jusqu’à une semaine sur les surfaces. Sa capsule protéique très résistante le protège des désinfectants courants. Il faut toutefois que la peau soit lésée pour qu’il pénètre l’organisme — une situation rare hors contact sexuel.

Le virus de l’herpès génital pourrait, théoriquement, se transmettre via une surface contaminée. Mais là encore, il faudrait une lésion cutanée ou une immunité affaiblie. Ces cas sont exceptionnels.

En réalité, le danger ne vient pas de la cuvette… mais de ce que l’on touche ensuite.

Les sièges, chasses d’eau, poignées de porte ou robinets peuvent héberger des bactéries fécales telles que E. coli, Salmonella, Shigella, Staphylococcus ou Streptococcus. Ces germes se transmettent par les mains, puis vers la bouche ou le visage — c’est le principal vecteur d’infection.

Le norovirus, responsable de gastro-entérites violentes, est l’un des plus redoutables. Il survit jusqu’à deux mois sur certaines surfaces et une centaine de particules suffisent à infecter un individu.

D’autres virus, comme l’adénovirus (grippes, rhumes), circulent aussi dans ces environnements, particulièrement en hiver.

Chaque fois qu’on tire la chasse, un nuage de microgouttelettes se disperse dans l’air. Selon les virologues, 40 à 60 % des particules contenues dans la cuvette peuvent être projetées jusqu’à plusieurs mètres.

Ces “toilet plumes” transportent des germes comme Clostridium difficile, responsable d’infections intestinales graves. Ces spores peuvent être inhalées ou retomber sur les surfaces.

Fermer le couvercle ? Peu efficace, selon une étude de 2024 : les particules s’échappent par les côtés. Dans les lieux publics, la pression de chasse élevée aggrave encore le phénomène.

Beaucoup préfèrent éviter tout contact avec le siège. Mais uriner en position accroupie n’est pas sans risque, rappelle Stephanie Bobinger, spécialiste en santé pelvienne à l’Université de l’Ohio.

Cette posture contracte les muscles du plancher pelvien et rend l’écoulement urinaire difficile.

Résultat : la vessie se vide mal, favorisant la stagnation de l’urine et donc les infections urinaires. Mieux vaut s’asseoir et se laver soigneusement les mains ensuite.

Pour réduire les risques d’infection, les spécialistes recommandent quelques règles simples :

  • Touchez le moins possible : utilisez le coude ou un mouchoir pour manipuler les poignées, robinets ou sèche-mains.
  • Fermez la chasse et éloignez-vous rapidement : quittez les lieux après avoir tiré la chasse d’eau.
  • Évitez les sèche-mains à air chaud, qui brassent les microbes : préférez les essuie-mains jetables.
  • Ne posez pas votre téléphone : il transporte déjà des millions de germes, et les toilettes n’en font qu’ajouter.
  • Lavez-vous les mains au savon pendant 20 secondes, puis utilisez un gel hydroalcoolique. Seule une personne sur cinq se lave correctement les mains, rappellent des médecins.
  • Nettoyez les toilettes domestiques tous les trois jours : elles abritent souvent plus de microbes que celles des lieux publics.
  • Le siège des toilettes n’est pas l’ennemi. Le vrai danger vient de nos mains et de notre comportement.
  • Les germes dangereux se transmettent surtout par ingestion indirecte, via des surfaces ou des objets contaminés.

“La menace ne vient pas du siège, mais de la main qui le touche, puis touche la bouche”, rappelle Dre Souad BAHIMI.

Alors, inutile de paniquer :

  • Asseyez-vous, tirez la chasse, lavez-vous les mains.
  • Le risque est bien moindre que vous ne l’imaginez… tant que l’hygiène suit.

Mots clés : toilette ; santé ; hygiène ; virus ; microbes ; cuvette ; mains ;

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