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Les chiens, alliés secrets pour comprendre le vieillissement humain

Edité par : Safa Kaouther BOUARISSA | Journaliste
3 novembre 2025

Ce que révèle la grande enquête du Dog Aging Project

Et si le secret du vieillissement humain se cachait dans les pattes de nos compagnons à quatre pattes ? Depuis quatre ans, des milliers de chiens participent sans le savoir à une expérience scientifique unique au monde dans l’Objectif de  percer les mystères du temps qui passe — pour eux, mais aussi pour nous.

Lancé en 2020 aux États-Unis, le Dog Aging Project suit près de 50 000 chiens de toutes races, tailles et origines.

Leur point commun : vivre auprès d’humains, partager leur environnement, leurs habitudes, parfois leurs maladies — mais vieillir beaucoup plus vite.

Là où l’homme met des décennies à changer, un chien montre les effets du temps en quelques années seulement.

Ce miroir accéléré du vieillissement offre aux chercheurs une fenêtre inédite sur les mécanismes biologiques qui transforment nos corps.

Les premières analyses, publiées dans la revue Aging Cell, portent sur 784 chiens de 110 races différentes, répartis sur 49 États américains.

Résultat frappant : près de 40 % des petites molécules du plasma sanguin, appelées métabolites, évoluent avec l’âge.

« Ces métabolites sont les briques fondamentales de la vie. Ils participent à la formation des protéines, de l’ADN et au maintien des cellules », explique Daniel Promislow, codirecteur du Dog Aging Project.

Deux organes semblent jouer un rôle clé dans cette partition du temps : les reins et l’intestin.

En comparant les profils sanguins, les chercheurs ont observé que les chiens présentant des taux plus élevés de créatinine et d’azote uréique (BUN) — deux marqueurs d’une filtration rénale affaiblie — affichaient aussi davantage de produits de dégradation des protéines.

Autrement dit, quand les reins filtrent moins bien, les déchets s’accumulent dans le sang, signe d’un métabolisme vieillissant.

Les modèles statistiques indiquent que la fonction rénale expliquerait 40 à 67 % de l’augmentation liée à l’âge de certaines de ces molécules.

Fait surprenant : le régime alimentaire ne montre, pour l’instant, aucun lien direct avec ces variations. Ce constat laisse penser que le vieillissement métabolique repose d’abord sur des processus biologiques profonds, communs à tous les mammifères.

Deuxième acteur du scénario : le microbiote intestinal. Certaines molécules identifiées sont en réalité produites par des bactéries lors de la digestion.

En observant ces signatures chimiques, les chercheurs espèrent comprendre comment l’équilibre du microbiote évolue avec l’âge — et s’il influence la santé cognitive, musculaire ou immunitaire.

Le suivi des chiens se poursuit : année après année, les mêmes animaux fourniront des échantillons de sang et des données comportementales.

L’ambition : voir si l’évolution de ces métabolites peut prédire l’apparition de maladies liées à l’âge, comme la démence ou les troubles rénaux, avant même que les symptômes n’apparaissent.

Le projet ne s’arrête pas à l’observation.

Une partie de la cohorte participe à des essais visant à tester des stratégies pour ralentir le vieillissement.

Parmi elles : l’administration à faible dose de rapamycine, une molécule déjà connue pour prolonger la vie de certains animaux de laboratoire.

Si les chiens traités présentent des changements mesurables dans leurs métabolites sanguins — et une meilleure santé globale —, cela pourrait ouvrir la voie à de nouveaux biomarqueurs pour évaluer l’efficacité d’interventions anti-vieillissement chez l’humain.

Contrairement aux souris de laboratoire, les chiens partagent notre environnement, notre air, nos canapés — et même nos polluants.

Ils développent naturellement les mêmes maladies : cancers, diabète, insuffisance rénale, troubles cognitifs.

Cette proximité génétique et environnementale fait du chien un modèle vivant du vieillissement humain, plus pertinent que bien des expériences sur rongeurs. « Leur diversité génétique et leurs modes de vie reflètent les nôtres. Étudier les chiens, c’est un peu comme observer un raccourci de notre propre avenir », résume un chercheur du projet.

Le Dog Aging Project incarne une nouvelle manière de penser la recherche biomédicale : observer la nature dans sa diversité plutôt que la contraindre au laboratoire.

Chaque chien y devient un maillon d’un vaste réseau vivant, offrant aux scientifiques des données sur des décennies compressées en quelques années.

En suivant ces compagnons dans leur vieillissement, la science espère identifier les signatures biologiques universelles du temps — celles que l’on pourra un jour mesurer, comprendre… et peut-être moduler.

  • Suivre les marqueurs métaboliques liés à la fonction rénale et au microbiote pourrait permettre de dépister précocement certaines maladies liées à l’âge, chez l’animal comme chez l’humain.
  • Les chercheurs encouragent les propriétaires de chiens à participer à des programmes de suivi vétérinaire régulier : analyses sanguines, contrôle du poids, observation des comportements.
  • À terme, les données du Dog Aging Project pourraient inspirer de nouveaux outils de prévention personnalisée du vieillissement humain.

Et si le secret d’une longue vie ne se trouvait pas dans les laboratoires, mais dans le regard fidèle d’un chien ? Lui vieillit plus vite, c’est vrai. Mais grâce à lui, peut-être apprendrons-nous enfin à vieillir mieux.

Mots clés : humain ; chien ; animal ; vieillir ; âge ; microbiote ; Dog Aging Project ; 

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