L’ancien ministre des affaires étrangères Ahmed Taleb Ibrahimi, intellectuel et homme politique de premier plan, est décédé dimanche à l’âge de 93 ans, selon plusieurs sources médiatiques. Médecin de formation, militant nationaliste, puis acteur de la vie politique algérienne pendant trois décennies, il laisse derrière lui l’image d’un esprit indépendant et d’un patriote convaincu.
Un intellectuel au service de la nation
Né le 5 janvier 1932 à Sétif, Ahmed Taleb Ibrahimi était le fils du réformiste et penseur musulman Mohamed Bachir El Ibrahimi, figure fondatrice de l’Association des oulémas musulmans algériens. Héritier d’une tradition intellectuelle et religieuse tournée vers la réforme, il s’impose très tôt comme une voix cultivée et engagée dans la construction nationale.
Formé en médecine, spécialiste en hématologie, il a toujours revendiqué une double appartenance : celle du scientifique et celle du militant pour la dignité algérienne.
Du militantisme étudiant à la prison
Installé à Tlemcen dans son enfance, il s’intéresse dès l’adolescence aux débats politiques et culturels du mouvement national.
Dans les années 1950, alors étudiant en France, il participe activement à la fondation de l’Union générale des étudiants musulmans algériens (UGEMA), dont il deviendra le président. Son engagement pour l’indépendance lui vaut d’être emprisonné par les autorités coloniales de 1957 à 1961.
Il contribue également à la création du journal Le Jeune Musulman, organe francophone de l’Association des oulémas, aux côtés de figures comme Malek Bennabi, Mostefa Lacheraf ou Ahmed Taoufik El Madani.
Un haut responsable de l’Algérie indépendante
Après l’indépendance, Ahmed Taleb Ibrahimi rejoint les rangs du gouvernement. Sous la présidence d’Ahmed Ben Bella, il est brièvement incarcéré en raison des positions publiques de son père.
Sous Houari Boumediene puis Chadli Bendjedid, il occupe plusieurs portefeuilles ministériels, notamment ceux de l’Éducation nationale et des Affaires étrangères.
À la tête de la diplomatie algérienne, il défend une ligne souverainiste et un rôle actif pour l’Algérie dans le Mouvement des non-alignés. Il incarne alors une génération de dirigeants convaincus que l’indépendance politique devait s’accompagner d’une indépendance culturelle et scientifique.
Un homme de principes et de rupture
En 1999, Ahmed Taleb Ibrahimi se présente à l’élection présidentielle avant de se retirer, avec l’ensemble des autres candidats, dénonçant les conditions du scrutin qui verra la victoire d’Abdelaziz Bouteflika.
Fondateur du parti Wafa, non agréé par les autorités, il se retire progressivement de la scène politique, tout en restant une référence morale pour nombre d’intellectuels et de militants.
Un héritage moral et intellectuel
Auteur de plusieurs ouvrages, conférencier respecté, il n’a cessé de plaider pour une réconciliation nationale fondée sur la vérité, la justice et la mémoire.
Son parcours, à la croisée de la médecine, de la culture et de la diplomatie, symbolise une génération de bâtisseurs de l’Algérie indépendante.
Ahmed Taleb Ibrahimi laisse l’image d’un homme de conviction, attaché à la souveraineté du pays et au dialogue entre les peuples, fidèle à l’héritage réformiste de son père et aux idéaux du mouvement national.
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