Une Bonne Santé pour une Vie Meilleure

Smartphones chez les enfants : une menace silencieuse pour la santé mentale

Edité par : Dr Salim BENLEFKI | docteur en neurosciences
27 juillet 2025

Une alerte scientifique mondiale

Une recherche récente, publiée le 20 juillet 2025 dans le Journal of Human Development and Capabilities, révèle un lien alarmant entre l’utilisation précoce des smartphones et une détérioration significative de la santé mentale à l’âge adulte. Cette étude, qui repose sur les données de plus de 100 000 jeunes âgés de 18 à 24 ans dans 24 pays, montre que ceux qui ont eu leur premier smartphone avant 13 ans présentent davantage de troubles anxieux, dépressifs, d’impulsivité et de pensées suicidaires.

Le cerveau des enfants et des adolescents est en pleine construction. Entre 10 et 25 ans, le cortex préfrontal — responsable de la prise de décision, du raisonnement logique, du contrôle de soi et de la planification — continue de se développer. C’est également durant cette période que le système limbique, qui gère les émotions, devient hyperactif.

L’introduction précoce d’un smartphone dans cette phase critique vient perturber ce processus naturel. La surexposition à des stimuli numériques (notifications, likes, vidéos courtes) dérègle les circuits de récompense dopaminergiques du cerveau, renforçant les comportements compulsifs et la dépendance.

Mécanisme neurologique : L’activation répétée du circuit mésolimbique (dopamine) par les notifications entraîne une “suradaptation” du cerveau aux récompenses instantanées, réduisant la tolérance à la frustration et altérant la capacité de concentration.

L’usage des réseaux sociaux avant 13 ans expose l’enfant à des contenus qu’il n’est pas prêt à gérer émotionnellement. La recherche d’approbation, la comparaison permanente, les commentaires négatifs ou le harcèlement en ligne ont un impact profond sur l’estime de soi et la construction identitaire.

Selon les psychiatres de l’enfant, cette surexposition augmente le risque de troubles anxiodépressifs, de troubles du comportement alimentaire et de dissociation de l’image corporelle.

Données clés : Une étude de 2023 du National Institute of Mental Health (USA) indique que les adolescentes utilisant les réseaux plus de 3h/jour avant 14 ans ont 2,5 fois plus de risques de présenter des signes dépressifs majeurs à 18 ans.

La lumière bleue émise par les écrans perturbe la sécrétion de mélatonine, l’hormone du sommeil, surtout quand les smartphones sont utilisés en soirée. Le manque de sommeil affecte gravement la mémoire, l’attention, l’apprentissage et la régulation émotionnelle.

Les enfants qui dorment avec leur téléphone allumé sous l’oreiller ou le consultent la nuit présentent une dette de sommeil chronique, un facteur majeur de fatigue mentale, d’irritabilité et de vulnérabilité aux troubles psychiques.

Fait médical : Une privation chronique de sommeil, même légère (moins de 7h/nuit), est associée à un risque accru de dépression, d’obésité et de baisse de l’immunité.

Le temps passé sur les écrans réduit celui consacré aux interactions humaines réelles, aux jeux libres, à l’activité physique et à la créativité. Or, ces expériences sont essentielles au bon développement psychologique, émotionnel et social de l’enfant.

Les enfants très connectés passent moins de temps dehors, pratiquent moins de sport, ont moins d’amis réels et développent des formes d’isolement social masqué.

Observation clinique : Les pédiatres et pédopsychiatres rapportent une augmentation du nombre d’enfants souffrant de troubles de l’attention, de retard de langage et de difficultés à interagir socialement depuis l’âge du tout-numérique.

Les auteurs de l’étude appellent les gouvernements et les institutions éducatives à agir rapidement. Ils recommandent :

  • d’interdire l’usage personnel des smartphones avant 13 ans,
  • de renforcer la législation encadrant l’accès aux réseaux sociaux,
  • d’enseigner l’éducation numérique et émotionnelle dès l’école primaire,
  • et de sensibiliser les parents sur les risques invisibles liés à l’hyperconnexion précoce.

Les neuroscientifiques résument ainsi l’enjeu :« Offrir un smartphone à un enfant de 10 ans revient à lui donner les clés d’un monde sans règles ni filtres, alors même qu’il n’a pas encore acquis les outils pour s’y défendre. »

À l’heure où les troubles mentaux explosent chez les jeunes, la question de l’âge du premier smartphone devient un sujet de santé publique.

Retarder l’accès personnel au smartphone, comme on retarde l’accès à l’alcool ou au tabac, pourrait éviter des milliers de souffrances psychiques, améliorer les résultats scolaires, renforcer les liens familiaux et surtout protéger le développement du cerveau des jeunes générations.

Mots clés : smartphone ; adolescent ; santé ; trouble ; mentaux ; cerveau ; connexion ; numérique, dépendance ;

à lire aussi: