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L’OMS veut bannir l’excision du champ médical : un appel fort aux soignants

Edité par : Chabane BOUARISSA | Journaliste
29 avril 2025

Chaque année, environ 4 millions de jeunes filles subissent une mutilation génitale dans le monde. Cette pratique profondément enracinée dans des traditions culturelles reste répandue dans une trentaine de pays, notamment en Afrique, au Moyen-Orient et en Asie.

Une pratique qui touche encore 4 millions de fillettes chaque année

Face à ce fléau, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a publié ce lundi 28 avril de nouvelles lignes directrices, visant à interdire formellement cette intervention chez les professionnels de santé.

L’agence onusienne veut responsabiliser les médecins, infirmiers et sages-femmes en leur proposant un code de conduite éthique. Pour Pascale Allotey, directrice de la santé sexuelle et reproductive à l’OMS, « les professionnels doivent être des agents de changement, pas les complices de cette violence ».

Malgré les campagnes de sensibilisation, certains soignants continuent de pratiquer l’excision, souvent à la demande des familles. L’OMS estime pourtant qu’ils pourraient devenir des leaders d’opinion puissants pour faire évoluer les normes sociales qui justifient ces mutilations.

L’Organisation mondiale de la santé classe les mutilations génitales féminines en quatre types :

– Type IClitoridectomie : ablation partielle ou totale du clitoris ;

– Type II Excision : ablation du clitoris et des petites lèvres, parfois aussi des grandes lèvres ;

– Type IIIInfibulation : rétrécissement de l’orifice vaginal par couture, avec ou sans ablation du clitoris ;

– Type IV : toutes les autres interventions nocives sur les organes génitaux féminins (piqûres, incisions, cautérisations…).

Les types I et II sont les plus fréquemment pratiqués dans les pays concernés.

Les mutilations génitales féminines (MGF), aussi appelées excision ou parfois mutilations sexuelles féminines, désignent l’ablation partielle ou totale des organes génitaux externes de la femme, ou toute autre lésion infligée à ces organes sans justification médicale. Cette pratique est généralement imposée à des filles mineures, souvent avant la puberté.

L’excision constitue une atteinte directe aux droits humains, à l’intégrité physique, à la dignité et à la santé des femmes et des jeunes filles. Elle est reconnue au niveau international comme une forme de violence fondée sur le genre. Les victimes peuvent en subir des conséquences physiques, sexuelles et psychologiques durables.

Contrairement à certaines croyances, l’excision n’apporte aucun avantage pour la santé. Bien au contraire, elle expose les filles et les femmes à de nombreuses complications, immédiates ou différées, qui se manifestent souvent à l’adolescence ou à l’âge adulte.

Les conséquences médicales peuvent être immédiates ou à long terme :

  • Hémorragies sévères après l’intervention ;
  • Douleurs intenses lors des règles, des rapports sexuels et de l’accouchement ;
  • des douleurs aiguës lors de l’intervention,
  • Infections graves, dont le tétanos ou des maladies sexuellement transmissibles ;
  • Difficultés à uriner et risques d’incontinence ;
  • Complications lors des grossesses et des accouchements, parfois mortelles ;
  • Infertilité.

L’excision entraîne aussi de profondes blessures psychologiques :

  • État de choc post-traumatique ;
  • Détresse émotionnelle ;
  • Troubles anxieux et dépressifs ;
  • Rupture avec le corps et perte d’estime de soi.
  • Troubles traumatiques à long terme

Dans de nombreuses régions, l’excision est suivie d’un mariage précoce, ce qui conduit souvent à une déscolarisation forcée. Les filles privées d’éducation sont alors piégées dans un cycle de pauvreté, de dépendance et de silence.

Dans la majorité des cas, les femmes excisées ignorent le lien entre leurs souffrances et la mutilation subie dans l’enfance. Les complications apparaissent souvent à la puberté ou lors de l’accouchement, rendant difficile leur identification. Ce manque d’information contribue à la perpétuation silencieuse de cette pratique destructrice.

Selon ONU Femmes, 230 millions de filles et de femmes vivant aujourd’hui ont été excisées. Bien que les campagnes internationales aient permis de diviser par trois le risque pour une fillette de subir cette pratique depuis 1990, la bataille est loin d’être terminée.

Dans la plupart des pays, la majorité des filles sont excisées avant leurs 5 ans ; près d’1/4 des victimes actuelles ayant subi cette pratique sont d’ailleurs des jeunes adolescentes de moins de 15 ans.

A savoir : le chiffre de 31 est probablement sous-estimé, puisqu’il ne couvre que des pays ayant accepté de transmettre leurs données à ce sujet.

L’OMS insiste également sur la nécessité de soins de santé adaptés aux survivantes. Cela inclut :

– un accompagnement en santé mentale,

– une prise en charge obstétrique spécialisée,

– et, si besoin, des interventions chirurgicales réparatrices.

L’organisation rappelle que la lutte contre l’excision ne peut se limiter à sa prévention : elle doit aussi inclure une prise en charge globale des conséquences physiques et psychologiques.

Mots clés : OMS ; femme ; fille ; excision ; prévention ; santé ; maladie ; ONU ; souffrances ;