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Turquie : Les césariennes non médicales désormais interdites dans le secteur privé

Edité par : Chabane BOUARISSA | Journaliste
23 avril 2025

En avril 2025, la Turquie a franchi un cap radical dans sa politique de santé reproductive. Désormais, aucune clinique privée n’a le droit de pratiquer une césarienne sans motif médical documenté. Cette mesure, publiée au Journal officiel le week-end du 19 avril, répond à une volonté claire du président Recep Tayyip Erdogan : stopper la baisse du taux de fécondité dans le pays et favoriser l’accouchement naturel.

Une réforme choc pour relancer la natalité

Cette décision ne s’applique pas encore aux hôpitaux publics, mais elle vise un phénomène de plus en plus répandu dans le privé : les césariennes dites “de confort”, planifiées par convenance, et non par nécessité médicale.

La Turquie enregistre le taux le plus élevé de césariennes parmi les 38 pays de l’OCDE. D’après la Revue mondiale de la population, on comptait en 2021 584 césariennes pour 1 000 naissances vivantes, soit plus d’un accouchement sur deux par voie chirurgicale. Ce chiffre, en constante hausse depuis une décennie, inquiète les professionnels de santé.

La césarienne est une intervention chirurgicale majeure, qui consiste à extraire le bébé par incision de l’utérus. Elle est pratiquée lorsque l’accouchement par voie naturelle présente des risques importants pour la mère ou pour l’enfant.

En pratique, il est possible de distinguer trois types de césarienne, en fonction des circonstances dans lesquelles elle est pratiquée :

1. La césarienne en urgence : À la différence de la césarienne programmée, la césarienne en urgence n’est décidée qu’à la dernière minute, lorsque le travail a commencé ou avant le début du travail. La décision revient à l’équipe médicale, dans toutes les circonstances où il est nécessaire d’extraire en urgence le fœtus, pour sauver la mère et/ou le bébé. Une césarienne en urgence peut avoir lieu en fin de grossesse, mais aussi au cours de la grossesse, lorsque les circonstances l’exigent.

Selon les circonstances, la césarienne en urgence est effectuée, soit sous anesthésie générale, soit sous anesthésie locorégionale.

Les indications de la césarienne en urgence sont notamment les suivantes :

  • Bébé en siège (présentation par les fesses ou les pieds)
  • Des complications de la grossesse, comme le retard de croissance intra-utérin, une pathologie placentaire ou une anomalie grave du cordon ombilical ;
  • Des troubles vasculaires chez le fœtus ;
  • Des troubles respiratoires chez la mère ;
  • Une souffrance fœtale, lorsque le travail dure trop longtemps et reste inefficace ;
  • Lorsque l’utilisation des techniques instrumentales (forceps, ventouses, …) échoue ;
  • Grossesse multiple
  • Souffrance fœtale détectée en cours de travail
  • Placenta prævia (placenta obstruant le col de l’utérus)
  • Antécédent de césarienne non compatible avec une voie basse
  • Macrosomie fœtale (poids estimé supérieur à 4 kg)
  • Pathologies maternelles (HTA sévère, infection virale comme l’herpès génital ou le VIH)
  • Une complication de la pré-éclampsie ;
  • Une hémorragie utérine (placenta praevia par exemple) ;
  • Un décollement placentaire ;
  • Une suspicion de rupture utérine.

Dans ces situations, la césarienne sauve des vies. Elle fait partie des avancées majeures en obstétrique moderne.

2. La césarienne programmée : peut être décidée après concertation entre l’équipe médicale et les parents, lorsque l’accouchement par voie basse peut être dangereux, soit pour la mère, soit pour l’enfant, soit pour les deux à la fois. Une césarienne programmée peut par exemple être indiquée dans les cas suivants :

  • Un placenta praevia (anomalie grave de l’insertion du placenta) de stades sévères ;
  • Une macrosomie fœtale (bébé de plus de 4 kg 500) ;
  • Des antécédents obstétricaux (rupture de l’utérus, accouchement compliqué, utérus cicatriciel, césarienne) ;
  • Un bébé qui se présente en siège ;
  • Une patiente séropositive, avec une réplication virale active ;
  • Une patiente atteinte d’herpès génital.
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3. La césarienne de convenance, Certaines femmes demandent une césarienne sans indication médicale, pour des raisons personnelles ou psychologiques : peur de la douleur, angoisse liée à un traumatisme obstétrical antérieur, volonté de maîtriser la date de l’accouchement ou refus du travail naturel.

En Algérie, les professionnels de santé recommandent une écoute active et un accompagnement psychologique dans ces cas. Le professionnel de santé doit identifier les raisons profondes de la demande, proposer un soutien, expliquer les risques associés à l’intervention, puis décider, en concertation avec la patiente, si une césarienne programmée est justifiable.

Pourquoi limiter les césariennes ? Explications médicales

La césarienne, bien que courante, n’est pas anodine. Il s’agit d’une chirurgie abdominale avec anesthésie, présentant des risques immédiats et à long terme :

Pour la mère :

  • Risques de complications post-opératoires (infection, hémorragie)
  • Douleurs prolongées et récupération plus lente
  • Risques accrus pour les grossesses futures (placenta accreta, rupture utérine)
  • Allaitement souvent retardé

Pour le nouveau-né :

  • Risques de détresse respiratoire transitoire
  • Moins de colonisation bactérienne protectrice (liée au passage vaginal)
  • Difficulté d’adaptation à la vie extra-utérine

De plus, la césarienne planifiée supprime l’effet hormonal naturel déclenché par le travail, qui prépare le bébé à la naissance.

En Turquie, cette interdiction a déclenché une vague de critiques. Les partis d’opposition et les organisations de défense des droits des femmes dénoncent une ingérence dans le libre choix des patientes. Ils redoutent une instrumentalisation politique de la santé reproductive et une atteinte à l’autonomie des femmes.

Pour les autorités, au contraire, il s’agit d’une décision de santé publique, destinée à réduire les pratiques médicales non justifiées et à favoriser des naissances plus naturelles, dans un contexte de chute de la fécondité.

La Turquie impose un tournant dans la gestion des accouchements. Derrière cette réforme controversée, deux objectifs majeurs se dessinent :

– Améliorer la qualité des soins maternels

– Freiner une médicalisation excessive de la naissance

Mais cette orientation soulève une question fondamentale : où se situe la frontière entre nécessité médicale et liberté individuelle ?

Mots clés : accouchement ; femme ; santé ; nouveau-né ; médical ; césarienne ;